
La dette publique du Gabon a franchi le seuil des 8 607 milliards de francs CFA à la fin de l’année 2025. Ce montant record reflète une trajectoire budgétaire de plus en plus instable, marquée par un recours accru aux financements extérieurs et des défis structurels persistants. La dette publique n’est pas qu’un indicateur macroéconomique réservé aux experts : elle dit combien le pays doit, ce qu’il rembourse effectivement, ce qu’il reporte faute de moyens suffisants et les marges dont il dispose, ou non, pour investir.
La dette publique totale du Gabon atteint maintenant environ 8 607 milliards de francs CFA. Provenant de la Direction générale de la Dette (DGD) qui a édité (en interne) de nouveaux chiffres, ce montant, arrêté à fin octobre 2025, résume à lui seul le poids croissant qui pèse sur les finances de l’État. En moins d’un an, l’endettement public a progressé de plus de 20 %, confirmant une dynamique lourde qui influence directement la capacité du pays à financer ses priorités économiques et sociales.
Le ratio dette/PIB du Gabon a franchi la « ligne rouge » de 70 % fixée par la CEMAC dès 2024, atteignant environ 73,1 %. En 2025, ce ratio continue de se dégrader et pourrait frôler les 80 %, sous l’effet conjugué de la hausse de l’endettement et d’une contraction du PIB nominal estimée à près de 15 %:
A en croire Gabonreview, rerrière ce montant global, il faut d’abord comprendre une réalité simple : une dette n’est pas seulement un stock, c’est aussi une charge annuelle. C’est ce que l’on appelle le service de la dette, autrement dit l’argent que l’État doit effectivement décaisser pour rembourser ses emprunts et payer les intérêts. À fin octobre 2025, cette charge atteint déjà près de 1 737 milliards de francs CFA. Sur l’ensemble de l’année, elle devrait dépasser 2 059 milliards, un niveau bien supérieur à ce qui avait été initialement prévu. En clair, l’État consacre beaucoup plus de ressources que prévu au remboursement de la dette, ce qui réduit mécaniquement les marges disponibles pour d’autres politiques publiques.
Ce que l’État paie… et ce qu’il reporte
Ces sommes ont-elles été réellement versées ? En grande partie, oui. Les paiements effectivement effectués par l’État atteignent environ 1 563 milliards de francs CFA sur les dix premiers mois de l’année. L’effort est conséquent et traduit une volonté de respecter les engagements financiers. Mais il ne suffit pas à couvrir l’ensemble des échéances dues.
C’est là qu’apparaît un indicateur particulièrement parlant pour le grand public : les arriérés de paiement. À fin octobre 2025, ils s’élèvent à près de 444 milliards de francs CFA, en forte hausse par rapport à l’année précédente. Derrière ce chiffre se cachent des dettes non réglées dans les délais, aussi bien envers des créanciers extérieurs que des acteurs nationaux. Pour l’économie, cela signifie un État perçu comme plus risqué, contraint d’emprunter dans des conditions potentiellement plus coûteuses.
Emprunter encore pour tenir l’équilibre
Dans le même temps, le Gabon continue de recourir massivement à l’emprunt. En dix mois, l’État a mobilisé plus de 2 400 milliards de francs CFA de nouveaux financements. L’essentiel provient du marché intérieur et régional, mais aussi de partenaires financiers internationaux. Cette stratégie permet de couvrir les besoins immédiats de trésorerie et de poursuivre certains projets, mais elle alimente mécaniquement la hausse du stock de dette.
Autre évolution notable : la structure de l’endettement se transforme. La dette intérieure dépasse désormais légèrement la dette extérieure. Autrement dit, l’État dépend de plus en plus des banques et des marchés financiers régionaux. Cette situation peut, à terme, exercer une pression sur le financement de l’économie locale, en particulier sur l’accès au crédit pour les entreprises.