
Le Gabon veut redresser ses finances via une réforme fiscale globale (modernisation, digitalisation, taxation des produits stratégiques comme l’or) et une réappropriation du secteur des jeux de hasard (création de la « Gabonaise des Jeux » pour centraliser les recettes, lutter contre l’opacité et financer le social), tout en améliorant la traçabilité et l’efficacité de la collecte pour diversifier ses revenus et réduire sa dépendance aux hydrocarbures.
Le paysage économique gabonais s’apprête à connaître une mutation importante. Face à une évasion de ressources et une régulation jugée perfectible, l’exécutif a choisi la voie de la «réappropriation souveraine». L’objectif est clair : transformer les mises des parieurs en un véritable moteur de développement et de politiques publiques.
Selon le Chef de l’État, ce virage stratégique est «un choix souverain, guidé par l’intérêt national». En confiant le secteur à un opérateur public, le gouvernement souhaite mettre fin à une ère où les bénéfices échappaient en partie aux radars du Trésor public. Cette mesure permettra de «capter et de rediriger des recettes aujourd’hui insuffisamment maîtrisées», offrant ainsi une nouvelle marge de manœuvre budgétaire dans un contexte de diversification de l’économie.
Une fiscalité élargie pour stabiliser les recettes
A en croire gabonmediatime, la taxe forfaitaire d’habitation, souvent critiquée pour son impact direct sur les ménages, est assumée comme un outil de stabilisation des recettes locales. Pour l’exécutif, il s’agit de doter les collectivités de ressources propres et régulières, condition indispensable à la décentralisation et à l’amélioration des services de proximité.
Dans le même esprit, la mise en place de parkings payants et de péages vise à capter des revenus jusque-là inexploités, tout en contribuant à l’entretien des infrastructures. Le Président l’a reconnu : ces mesures peuvent susciter des résistances. Mais elles s’inscrivent, selon lui, dans une logique d’équité contributive et de responsabilisation des usagers.
Exonérations et jeux de hasard : la fin des angles morts
Autre axe majeur : la suppression de certaines exonérations fiscales, longtemps dénoncées pour leur coût budgétaire et leur faible impact économique. En mettant fin à des privilèges jugés inefficaces, l’État entend corriger des distorsions et rétablir une concurrence plus saine entre acteurs économiques.
La réforme du secteur des jeux de hasard participe de cette même volonté. En revalorisant les recettes issues de cette activité et en renforçant la traçabilité, le gouvernement cherche à capter des flux financiers importants, tout en améliorant la protection des populations face aux dérives liées au jeu. Un choix à la fois budgétaire et social, présenté comme un levier de financement des priorités nationales.
L’épreuve de l’acceptabilité sociale
Reste la question centrale de l’acceptabilité sociale. Le Chef de l’État a lui-même reconnu que ces réformes ne sauraient être comprises si elles ne s’accompagnent pas d’une amélioration tangible des conditions de vie. Accès à l’eau, à l’électricité, à la santé et à l’éducation : l’exécutif lie explicitement l’effort fiscal demandé aux citoyens à des retombées concrètes et mesurables.
Cette pédagogie de l’impopulaire constitue un pari politique. Elle suppose transparence dans l’utilisation des fonds, lutte effective contre la corruption et exemplarité des gestionnaires publics. Sans ces garde-fous, les mesures annoncées risqueraient de nourrir défiance et incompréhension.
Redresser sans renoncer
À travers ces choix, le pouvoir affiche une volonté de rupture avec les ajustements à demi-mesure. Fiscalité élargie, recettes diversifiées, dépenses rationalisées : la ligne est assumée. Reste désormais à traduire cette rigueur en résultats visibles, condition sine qua non pour transformer des décisions impopulaires en réformes acceptées, et faire de l’effort collectif un investissement crédible dans l’avenir du pays.