Gabon–Eramet : un accord stratégique ouvre une nouvelle ère pour la transformation locale du manganèse

Le Gabon franchit une étape majeure dans sa stratégie d’industrialisation avec la signature, à Paris, d’un protocole d’accord entre l’État gabonais, le groupe Eramet et sa filiale Comilog. Conclu en présence des présidents Brice Clotaire Oligui Nguema et Emmanuel Macron, ce partenariat vise à accélérer la transformation locale du manganèse, à renforcer la création de valeur sur le territoire national et à soutenir l’émergence d’une industrie plus compétitive, génératrice d’emplois et de croissance durable.

En marge de la visite d’État du président Brice Clotaire Oligui Nguema en France, Libreville et le groupe minier Eramet ont officialisé ce lundi 20 juillet une nouvelle phase de leur coopération à travers un protocole d’accord consacré au développement de la filière manganèse.

Ce document fixe les grandes orientations d’une collaboration destinée à accroître progressivement la transformation du minerai directement sur le territoire gabonais, plutôt que de privilégier son exportation à l’état brut. L’ambition affichée est de faire du Gabon un acteur majeur de la chaîne de valeur mondiale du manganèse en développant des capacités industrielles capables de produire des matériaux à plus forte valeur ajoutée.

Valoriser davantage les ressources nationales

Premier producteur mondial de manganèse à haute teneur, le Gabon souhaite désormais tirer un meilleur profit de cette ressource stratégique indispensable à de nombreuses industries, notamment celles de l’acier, des alliages et des batteries destinées à la transition énergétique.

Le nouvel accord prévoit l’élaboration d’une feuille de route commune entre les autorités gabonaises et Eramet afin d’augmenter les volumes de minerai transformés localement.

Plusieurs scénarios industriels sont actuellement à l’étude avec l’objectif de porter les capacités de transformation jusqu’à environ 700 000 tonnes de minerai par an à l’horizon 2031.

Cette montée en puissance devrait permettre au pays de renforcer sa compétitivité industrielle tout en augmentant les retombées économiques générées par l’exploitation de ses ressources naturelles.

Une coopération qui s’appuie sur une expérience déjà établie

À travers sa filiale Comilog, le groupe est implanté depuis plusieurs décennies dans le pays et dispose déjà d’importantes installations industrielles à Moanda, où une partie du minerai est transformée avant son exportation. Le nouveau protocole entend franchir une étape supplémentaire en développant des unités industrielles plus performantes, capables de répondre à la demande croissante en métaux stratégiques sur les marchés internationaux.

Afin d’assurer la bonne exécution des engagements pris, les parties ont convenu de mettre en place un comité de suivi réunissant des représentants de l’État gabonais, d’Eramet et de Comilog. Cette instance sera chargée d’évaluer régulièrement l’état d’avancement des projets, d’examiner leur viabilité économique et de lever les éventuelles contraintes techniques ou logistiques.

Parmi les conditions essentielles à la réussite de cette stratégie figure notamment la disponibilité d’une énergie suffisante et compétitive, un facteur déterminant pour le développement des futures unités industrielles.

Les réunions trimestrielles du comité permettront d’assurer un suivi permanent de la feuille de route arrêtée par les partenaires.

Le biocharbon, une nouvelle filière industrielle en perspective

L’accord ouvre également la voie au développement d’une industrie gabonaise du biocharbon, destinée à fournir une énergie plus durable aux activités métallurgiques.

Ce projet s’appuie sur la valorisation des résidus issus de l’exploitation forestière, transformés en combustible industriel grâce à de nouvelles technologies.

Une phase pilote est déjà engagée à Lastourville, en partenariat avec des acteurs du secteur forestier, tandis qu’un projet d’unité de production industrielle est à l’étude pour les prochaines années.

Cette initiative s’inscrit dans une logique de transition énergétique et d’économie circulaire, en favorisant une meilleure utilisation des ressources locales.

Le « Fabriqué au Gabon » au cœur de la stratégie industrielle

Le protocole prévoit également la création d’un fonds d’amorçage destiné à soutenir l’émergence de nouvelles activités industrielles sous le label « Fabriqué au Gabon ». Ce mécanisme aura pour vocation d’accompagner les entreprises locales, de stimuler l’investissement industriel et de favoriser la création de chaînes de production à forte valeur ajoutée.

Les autorités espèrent que cette initiative contribuera à renforcer le tissu industriel national tout en générant, à terme, plusieurs milliers d’emplois directs et indirects. Au-delà du secteur minier, cette démarche ambitionne de soutenir une véritable politique de substitution aux importations et de promouvoir la compétitivité des produits manufacturés gabonais.

Un accord en phase avec les ambitions économiques du Gabon

Pour les autorités gabonaises, cet accord traduit la volonté de faire évoluer le modèle économique national vers une meilleure valorisation des ressources naturelles. L’objectif est de développer davantage les activités de transformation, de renforcer les compétences industrielles locales et de créer davantage de richesse sur le territoire national.

De son côté, Eramet réaffirme son engagement à accompagner cette stratégie à travers des investissements, des études techniques et une coopération de long terme fondée sur une vision partagée du développement industriel.

En associant industrialisation, création d’emplois, innovation et montée en gamme des productions locales, ce partenariat ouvre ainsi une nouvelle perspective pour le secteur minier gabonais. Il pourrait également servir de modèle à la politique de transformation locale des ressources naturelles portée par les autorités, avec l’ambition de faire du Gabon une référence industrielle en Afrique centrale.

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