
L’État gabonais veut donner un nouveau souffle à la filière forêt-bois. À l’issue d’une rencontre tenue le 10 août 2026 avec les représentants du secteur, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a ordonné le règlement de 20 milliards de FCFA correspondant à des créances de TVA détenues par les entreprises du secteur. Une décision destinée à renforcer leur trésorerie, préserver les emplois et créer les conditions d’une reprise durable de l’activité.
Une injection de trésorerie très attendue
La filière forêt-bois bénéficie d’un important geste de l’État. Réunis autour du président de la République, le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogho, et plusieurs représentants du secteur ont exposé les difficultés auxquelles sont confrontés les opérateurs.
Au terme de cette audience, le chef de l’État a donné instruction pour que soient réglées les créances de TVA dues aux entreprises, pour un montant global de 20 milliards de FCFA, selon les informations communiquées par la présidence.
Cette décision intervient alors que plusieurs entreprises de la filière font face à des tensions de trésorerie. Le remboursement de ces créances devrait leur permettre de récupérer des ressources indispensables au financement de leurs activités courantes, au paiement des charges et à la poursuite de leurs investissements.
Pour l’État, le règlement de cette dette constitue également un moyen d’assainir progressivement les relations financières avec le secteur privé. Le principe défendu par le chef de l’État est celui d’un État qui honore ses engagements afin de permettre aux entreprises de poursuivre leur propre contribution à l’activité économique.
Un secteur stratégique pour l’emploi
L’enjeu dépasse cependant la seule question du remboursement fiscal. La filière forêt-bois occupe une place importante dans l’économie gabonaise et constitue le premier pourvoyeur privé d’emplois du pays, avec plus de 15 000 emplois directs et indirects.
Sa fragilisation peut donc avoir des conséquences importantes sur les revenus des ménages, les activités des sous-traitants et l’ensemble des entreprises qui gravitent autour de l’exploitation, de la transformation et de la commercialisation du bois.
Or, depuis plusieurs années, le secteur évolue dans un environnement difficile. Le ralentissement de la demande internationale, particulièrement sur certains marchés asiatiques, a pesé sur les commandes et sur les performances des opérateurs.
Dans ce contexte, les 20 milliards de FCFA annoncés représentent une bouffée d’oxygène pour les entreprises concernées. L’objectif est notamment de leur permettre de retrouver suffisamment de liquidités pour maintenir leurs activités, préserver les emplois et envisager de nouveaux investissements.
Accélérer la transformation locale
Le règlement des créances fiscales ne constitue toutefois qu’un premier volet de la stratégie de relance. Les autorités veulent également poursuivre la transformation structurelle de la filière.
Depuis plusieurs années, le Gabon cherche à accroître la valeur ajoutée générée localement par ses ressources forestières. Il ne s’agit plus seulement d’extraire et d’exporter la matière première, mais de développer davantage les activités de transformation afin de produire des biens à plus forte valeur ajoutée.
Cette orientation doit permettre de renforcer l’industrialisation du secteur, de diversifier les sources de revenus et de favoriser la création de nouveaux emplois autour de la transformation du bois.
Le soutien financier accordé aux opérateurs peut ainsi servir de levier pour accompagner cette mutation, à condition que les entreprises disposent d’un environnement économique suffisamment favorable pour investir dans leurs équipements et leurs capacités de production.
À la recherche de nouveaux débouchés
La diversification des marchés apparaît également comme une priorité. La dépendance à l’égard de certains acheteurs internationaux a montré ses limites lorsque la demande extérieure ralentit.
Le président de la République a ainsi demandé au gouvernement d’examiner de nouvelles opportunités commerciales, notamment sur les marchés sous-régionaux et africains. Cette démarche vise à élargir la clientèle des entreprises gabonaises et à réduire leur exposition aux fluctuations de certains marchés traditionnels.
Le développement de la consommation locale figure également parmi les pistes envisagées. Une meilleure utilisation du bois transformé sur le marché national pourrait contribuer à stimuler l’industrie locale tout en favorisant l’émergence d’une chaîne de valeur plus intégrée.
Les industriels entre soulagement et attente
Du côté des opérateurs, l’annonce du paiement des créances est accueillie comme un signal positif. Jean-Marie Ntoutoume, délégué général de l’Union des forestiers et industriels du Gabon (UFIGA), a notamment salué l’accélération annoncée du règlement des sommes dues.
La prochaine étape consistera désormais à traduire la décision présidentielle en opérations concrètes. Des séances de travail doivent réunir les opérateurs économiques, le ministère de l’Économie et la direction générale de la Société nationale des bois du Gabon (SNBG), afin de préciser les modalités de mise en œuvre des orientations arrêtées.
L’enjeu sera donc de faire en sorte que cette injection de liquidités ne constitue pas seulement une réponse ponctuelle aux difficultés de trésorerie, mais le point de départ d’une véritable reprise.
Une occasion de repositionner la filière
Avec le règlement annoncé des 20 milliards de FCFA de créances de TVA, le Gabon cherche à restaurer la confiance entre l’État et les entreprises du secteur forestier. Mais le véritable défi se situe désormais dans la capacité de la filière à retrouver de la compétitivité et à conquérir de nouveaux marchés.
La combinaison du désendettement de l’État vis-à-vis des opérateurs, du soutien à l’investissement, de l’accélération de la transformation locale et de la diversification des débouchés pourrait offrir au secteur les conditions d’un nouveau cycle de croissance.
Pour une filière qui joue un rôle majeur dans l’emploi privé et dans la diversification de l’économie gabonaise, le paiement des créances constitue donc plus qu’un simple règlement comptable. Il pourrait devenir le premier acte d’une relance attendue depuis plusieurs années.