Nécrologie : Joseph Etoughe Otsaghe, une mémoire vivante de la construction de l’État gabonais s’éteint

Décédé à 94 ans, Joseph Etoughe Otsaghe laisse derrière lui un parcours exceptionnel, au croisement de l’enseignement, de la haute administration, de la politique et de la diplomatie. Ancien ministre sous Léon Mba puis Albert-Bernard Bongo, député et gouverneur, il fut aussi l’un des derniers témoins directs des premières années de l’État gabonais indépendant. Sa disparition referme une page importante de la mémoire politique et institutionnelle du Gabon.

Le Gabon perd l’un de ses derniers témoins des premières heures de son histoire politique. Joseph Etoughe Otsaghe s’est éteint dans la nuit, vers 23h05, à l’âge de 94 ans. Né en 1932 à Ndjolé, dans l’actuelle province du Moyen-Ogooué, il aura traversé plusieurs décennies de la vie nationale, occupant tour à tour des fonctions dans l’enseignement, l’administration territoriale, le gouvernement, la représentation diplomatique et le Parlement.

Son itinéraire commence dans les salles de classe. Instituteur de formation, il participe dès les années 1950 à la structuration du syndicalisme enseignant, avant de rejoindre la haute administration. Cette première expérience va progressivement le conduire vers des responsabilités de plus en plus importantes au sein du jeune État gabonais.

Des premiers gouvernements à la haute administration

Joseph Etoughe Otsaghe entre au gouvernement sous la présidence de Léon Mba. Le 12 décembre 1966, il est nommé ministre de l’Agriculture, de l’Économie rurale et des Eaux et Forêts. Reconduit lors du remaniement du 25 janvier 1967, il s’investit notamment dans les questions liées au développement rural et à la gestion des ressources forestières, participant à ce titre à des rencontres internationales, notamment dans le cadre de la FAO.

La disparition de Léon Mba, en novembre 1967, ne marque pas la fin de son parcours gouvernemental. Durant la période de transition qui accompagne l’accession au pouvoir d’Albert-Bernard Bongo, il demeure provisoirement à la tête du département de l’Agriculture. Le 25 janvier 1968, il change de portefeuille et devient ministre du Travail et des Affaires sociales, fonction qu’il occupera jusqu’en 1969.

Cette continuité témoigne de la place qu’il avait acquise dans l’appareil d’État. Au-delà de ses fonctions ministérielles, Joseph Etoughe Otsaghe va multiplier les responsabilités publiques. Il sera notamment sous-préfet, ambassadeur en Espagne, premier secrétaire général de l’Aviation civile et gouverneur, successivement, de la Nyanga puis du Moyen-Ogooué.

Son parcours s’étend également au secteur parapublic. Il exerce des responsabilités de gestion à la SMAG et à la Société nationale d’investissement (SNI), où il occupe la fonction de président du conseil d’administration. Il dirige également les finances de l’Office du Bois. Autant de fonctions qui illustrent la diversité de son expérience au service de l’État et de l’économie nationale.

Un acteur du renouveau démocratique

La trajectoire de Joseph Etoughe Otsaghe ne s’arrête pas à l’administration. Lorsque le Gabon s’engage dans le processus de démocratisation au début des années 1990, il participe à la Conférence nationale de 1990 comme représentant du FAR, formation politique liée à Léon Mba M’bou Yembi.

Cette période constitue un autre tournant de sa carrière. À l’issue de la Conférence nationale, il est élu député lors de la huitième législature, de novembre 1990 à mai 1996. Il occupe également la fonction de sixième vice-président de l’Assemblée nationale. Il retrouvera par la suite les bancs du Parlement au cours de la neuvième législature, à partir de 2001.

Il connaîtra encore d’autres responsabilités institutionnelles, notamment au sein du Conseil consultatif national, dont il deviendra vice-président. À travers ces différentes fonctions, l’ancien ministre aura ainsi accompagné plusieurs séquences majeures de l’histoire politique gabonaise : les premières années de l’indépendance, la consolidation de l’État, les transformations institutionnelles et l’ouverture démocratique.

L’un des derniers témoins de l’époque Léon Mba

Au-delà de la longue liste des postes occupés, la disparition de Joseph Etoughe Otsaghe revêt une portée particulière pour la mémoire nationale. Avec Paul Malekou, il figurait parmi les derniers anciens ministres encore en vie ayant travaillé directement auprès de Léon Mba, premier président du Gabon.

Sa disparition emporte donc une part de la mémoire orale et institutionnelle des premières années de la République. Ceux qui l’ont côtoyé évoquent un homme dont le parcours dépassait les seules fonctions officielles : administrateur, responsable politique, diplomate, parlementaire et acteur de la transformation progressive du pays.

Les témoignages qui affluent après son décès rappellent également son attachement à Ndjolé et au Moyen-Ogooué. Des anciens collaborateurs et des personnes ayant connu l’homme témoignent d’un responsable accessible, dont l’action a marqué différentes générations de fonctionnaires et de citoyens.

À 94 ans, Joseph Etoughe Otsaghe s’en va ainsi avec une trajectoire qui épouse, à bien des égards, celle du Gabon contemporain. De l’école à la haute administration, des premiers gouvernements à la diplomatie, des entreprises publiques au Parlement, il aura occupé une place dans plusieurs chapitres de la construction nationale.

Sa mort ne constitue donc pas seulement la disparition d’un ancien ministre. Elle représente aussi la perte de l’un des derniers dépositaires directs d’une époque fondatrice de la République gabonaise. Une mémoire désormais appelée à être préservée, documentée et transmise aux générations futures.

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