
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) tente de remettre sur les rails le dialogue entre le Fonds monétaire international (FMI) et plusieurs pays de la CEMAC. À Washington, le 8 septembre 2026, le gouverneur Yvon Sana Bangui a discuté avec le directeur du Département Afrique du FMI, Zeine Zeidane, des conditions permettant de débloquer la revue des assurances régionales. Suspendue depuis décembre 2025, cette étape constitue un préalable important à la poursuite ou à la conclusion de nouveaux programmes avec le Cameroun, le Congo et le Gabon.
Un nouveau front s’ouvre entre la CEMAC et le Fonds monétaire international. Après plusieurs mois de blocage, la BEAC cherche à rétablir les conditions permettant de reprendre les discussions sur les assurances régionales, un mécanisme communautaire qui conditionne en partie la poursuite des relations financières entre le FMI et les États de la sous-région.
C’est dans cette perspective que le gouverneur de la banque centrale, Yvon Sana Bangui, a conduit une délégation de la CEMAC à Washington le 8 septembre dernier. Il y a rencontré Zeine Zeidane, directeur du Département Afrique du FMI. Les discussions ont porté sur la revue des assurances régionales, suspendue depuis décembre 2025, mais aussi sur la poursuite des programmes économiques et financiers soutenus par le Fonds dans la sous-région.
Le principal verrou se situe au niveau régional
Le dossier ne concerne pas uniquement les politiques économiques propres à chaque État. Les assurances régionales regroupent les engagements pris par les institutions communautaires et les États membres pour préserver les grands équilibres de la zone : réserves de change, stabilité monétaire et financière, solidité du système bancaire et surveillance macroéconomique.
Ces engagements viennent compléter les mesures négociées individuellement entre chaque gouvernement et le FMI. Leur validation ne signifie donc pas automatiquement qu’un nouveau programme national sera approuvé, mais elle constitue une condition importante pour permettre au Fonds de poursuivre ou d’engager ses interventions financières dans la sous-région. La suspension de la revue depuis décembre 2025 a ainsi contribué à compliquer le calendrier des discussions entre le FMI et plusieurs pays de la CEMAC.
La BEAC met en avant les réformes engagées
À Washington, Yvon Sana Bangui a présenté les mesures prises depuis le report de la revue. Parmi les chantiers évoqués figurent le rétablissement de trajectoires budgétaires jugées plus crédibles et soutenables, le renforcement des effectifs de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), la préparation d’une nouvelle législation bancaire ainsi que la révision du mécanisme de surveillance multilatérale de la CEMAC.
Le gouverneur de la BEAC a également défendu une approche davantage adaptée aux réalités économiques des pays de la sous-région. L’objectif affiché n’est pas de remettre en cause les exigences du FMI en matière de discipline macroéconomique, mais de mieux articuler les engagements communautaires avec les programmes négociés individuellement par les États.
Des indicateurs régionaux présentés comme des arguments
Pour appuyer cette démarche, la BEAC a également présenté au FMI plusieurs indicateurs relatifs à la situation économique de la CEMAC.La sous-région affiche une croissance estimée à 3 %, tandis que le déficit budgétaire régional est évalué à 2,7 % du PIB. L’inflation s’établit à 2,2 %, soit sous le plafond communautaire de 3 %. Les avoirs extérieurs nets de la BEAC ont, pour leur part, progressé de 50,8 % pour atteindre 4 523,1 milliards de FCFA, tandis que les réserves de change couvrent plus de quatre mois d’importations. Ces chiffres sont mis en avant par la banque centrale pour illustrer la capacité de la zone à préserver ses principaux équilibres, malgré les vulnérabilités qui persistent dans plusieurs économies membres.
L’enjeu est particulièrement important pour le Cameroun, le Congo et le Gabon, qui cherchent à renouer avec le FMI dans un contexte où leurs précédents accords sont arrivés à leur terme ou ne sont plus actifs.
Au Cameroun, les dernières revues de l’ancien programme avaient été approuvées en juillet 2025. Le Congo a achevé son programme au titre de la Facilité élargie de crédit en mars 2025, tandis que le précédent accord du Gabon, approuvé en 2021, est arrivé à échéance en 2024. Pour le Cameroun, l’enjeu est également budgétaire. Le gouvernement a inscrit dans son scénario de programmation économique 2027-2029 l’hypothèse de 300 milliards de FCFA d’appuis budgétaires en 2027, sous réserve de la conclusion d’un nouveau programme avec le FMI. La résolution du dossier régional devient donc un élément important du calendrier financier du pays.
Octobre pour évaluer les progrès, décembre comme échéance
Le processus ne devrait toutefois pas aboutir immédiatement. Les services du FMI doivent effectuer de nouvelles missions dans la CEMAC en octobre 2026 afin d’évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des réformes convenues. La BEAC envisage ensuite une éventuelle validation de la revue des assurances régionales en décembre 2026. Cette échéance reste conditionnelle : elle dépendra des résultats des prochaines évaluations et de la réalisation des engagements encore en suspens.
Pour la banque centrale, l’objectif est désormais de transformer les avancées régionales en un accord permettant de remettre en mouvement le dialogue financier avec le FMI. Pour les États concernés, la levée de ce verrou pourrait ouvrir la voie à de nouveaux programmes et, avec eux, à de potentielles ressources financières et à un cadre renforcé de réformes économiques. La séquence d’octobre sera donc déterminante pour savoir si la CEMAC peut effectivement franchir cette étape avant la perspective de décembre.