
Face aux enjeux de sécurité publique et à la porosité de certaines frontières, le gouvernement gabonais entend renforcer son dispositif de contrôle des flux migratoires et intensifier la lutte contre les réseaux criminels. Dans un entretien accordé à l’Agence gabonaise de presse (AGP), le vendredi 16 octobre 2026, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Edgard Moukoumbi, a exposé les grandes orientations de cette stratégie. Entre fermeté contre les activités illégales, modernisation des moyens de surveillance et respect de l’État de droit, Libreville affiche sa volonté de mieux protéger le territoire national sans remettre en cause l’apport des étrangers en situation régulière.
Une surveillance accrue des frontières, notamment maritimes
La lutte contre l’immigration clandestine et les trafics transfrontaliers figure désormais parmi les priorités sécuritaires des autorités gabonaises. Confronté aux risques liés aux entrées irrégulières et aux activités illicites susceptibles de se développer le long de ses frontières, le gouvernement prévoit de renforcer les moyens de contrôle, en accordant une attention particulière à la façade maritime.
Pour Edgard Moukoumbi, la configuration géographique du pays impose une vigilance renforcée sur le littoral. « Notre façade maritime fait de toute la zone côtière une zone sensible qu’il convient de sécuriser en renforçant les moyens de surveillance pour stopper les entrées clandestines », a-t-il déclaré.
Cette orientation suppose un renforcement des capacités opérationnelles des services compétents, aussi bien sur le plan humain que technologique. L’objectif est de mieux détecter les mouvements suspects, de prévenir les franchissements irréguliers des frontières et de limiter les possibilités d’exploitation des espaces côtiers par les réseaux de trafiquants.
Au-delà du littoral, le dispositif envisagé devrait également s’appuyer sur une meilleure coordination des contrôles à l’intérieur du territoire. Pour les autorités, la maîtrise des flux migratoires ne peut en effet se limiter aux seuls points d’entrée : elle nécessite également une connaissance plus précise des personnes présentes sur le territoire national et de leur situation administrative.
Étrangers en règle : préserver une politique d’accueil
Le renforcement annoncé des contrôles ne signifie pas, selon le ministre, une remise en cause de la présence étrangère au Gabon. Edgard Moukoumbi a tenu à distinguer les personnes qui respectent les lois et contribuent au développement économique du pays de celles dont les activités constituent une menace pour la sécurité publique.
Cette distinction vise à rappeler que la politique migratoire envisagée doit associer contrôle et reconnaissance de l’apport des travailleurs étrangers à la société gabonaise. « Au-delà des frontières, un travail d’identification doit être mené à l’intérieur du pays. Le Gabon a besoin des Gabonais comme des expatriés qui apportent leur force de travail pour construire le pays, nous devons continuer à les accueillir dignement », a précisé le membre du gouvernement.
À travers cette déclaration, le ministre défend une approche qui entend concilier la protection du territoire avec la poursuite des activités économiques auxquelles participent les expatriés en situation régulière. Le principe avancé est celui d’une immigration encadrée, dans laquelle le respect des obligations légales constitue une condition essentielle au séjour.
En revanche, les personnes impliquées dans des activités criminelles ou portant atteinte à l’ordre public s’exposent à une réponse ferme des autorités. Le gouvernement entend ainsi éviter que la lutte contre l’immigration irrégulière soit assimilée à une remise en cause indistincte de l’ensemble des ressortissants étrangers vivant au Gabon.
Les ambassades appelées à accompagner les procédures
Le ministre a également évoqué la coopération avec les représentations diplomatiques des pays concernés dans le traitement des situations impliquant des ressortissants étrangers. Cette concertation doit permettre d’examiner les faits établis et de déterminer les suites appropriées, conformément aux procédures applicables.
« En revanche, ceux qui constituent une menace pour la sécurité publique, entraînent la jeunesse dans la délinquance et fragilisent notre vivre-ensemble seront traités dans le cadre rigoureux de la loi. Nous nous concerterons avec les ambassades établies sur le territoire pour convenir des procédures applicables après présentation des faits », a-t-il martelé.
Cette démarche place la réponse sécuritaire dans un cadre à la fois national et diplomatique. Elle souligne également la volonté affichée des autorités de distinguer les responsabilités individuelles, sur la base des faits, plutôt que de procéder à des mesures générales visant une communauté en raison de son origine.
La mise en œuvre de cette orientation dépendra notamment de la capacité des administrations concernées à établir les situations individuelles, à documenter les éventuelles infractions et à appliquer les mesures prévues par la législation.
État de droit : le gouvernement cible les réseaux criminels
Au-delà de la question migratoire, les déclarations d’Edgard Moukoumbi mettent en évidence un autre axe de l’action gouvernementale : le démantèlement des réseaux de criminalité organisée, qu’ils opèrent depuis l’étranger ou à l’intérieur des frontières gabonaises.
Le ministre entend ainsi inscrire le renforcement des contrôles dans une stratégie plus large de lutte contre les activités susceptibles de compromettre la sécurité des personnes, la stabilité des institutions et la cohésion sociale.
« Il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, mais du respect de la souveraineté et de l’État de droit », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité de préserver le caractère légal et institutionnel de l’action des forces de sécurité.
Cette précision est importante au regard des enjeux liés aux opérations de contrôle et d’identification. La fermeté annoncée devra s’accompagner de procédures conformes aux textes en vigueur, afin que les mesures prises reposent sur des éléments établis et respectent les droits des personnes concernées.
Dans cette perspective, le gouvernement envisage également de faire évoluer le cadre juridique pour mieux répondre aux formes actuelles de criminalité. « Le Gabon ne saurait devenir une passoire pour le grand banditisme. Nous allons ajuster les textes et intensifier la lutte contre le crime organisé en traquant et en démantelant les réseaux mafieux, qui opèrent depuis l’étranger ou sur le sol national », a indiqué le ministre.
La révision des textes, conjuguée au renforcement des moyens d’intervention et de surveillance, devrait ainsi constituer l’un des leviers de cette politique. Elle vise à adapter les instruments de l’État aux menaces identifiées et à améliorer la capacité des services compétents à prévenir les infractions, à mener les investigations nécessaires et à démanteler les structures criminelles.
Un équilibre entre fermeté sécuritaire et garanties juridiques
À travers cette prise de position, Edgard Moukoumbi dessine les contours d’une politique de sécurité fondée sur trois priorités : la surveillance renforcée des frontières, un meilleur contrôle de la présence des étrangers sur le territoire et une action plus déterminée contre les réseaux criminels.
Le défi sera désormais de traduire ces orientations en mesures concrètes, tout en assurant leur application cohérente sur l’ensemble du territoire national. Le renforcement des effectifs, la disponibilité des équipements, la coordination entre les services et l’adaptation du cadre législatif seront déterminants pour atteindre les objectifs annoncés.
Pour Libreville, l’enjeu consiste à garantir la sécurité des populations et à préserver la paix sociale sans confondre immigration irrégulière, présence étrangère et criminalité organisée. Le message du ministre se veut donc double : aucune tolérance à l’égard des activités illégales, mais le maintien d’un accueil digne pour les étrangers qui respectent les lois du pays et contribuent à son développement.
Reste à savoir comment cette ligne de conduite sera déclinée sur le terrain et quels mécanismes permettront d’en évaluer les résultats. La priorité affichée est claire : renforcer la souveraineté de l’État, combattre les réseaux criminels et faire du respect de la loi le principe directeur de la politique sécuritaire gabonaise.