
L’Assemblée de transition du Gabon a adopté dix textes de loi lors de sa séance du mardi 17 juin 2025 au soir. Parmi eux, le plus discuté est celui encadrant désormais les partis politiques. Certains acteurs politiques redoutent un rétrécissement du champ démocratique en raison de conditions jugées trop contraignantes. Les partis disposent de six mois pour se mettre en conformité.
La scène politique gabonaise fait sa mue. Il faudra désormais disposer, entre autres, de 12 000 adhésions avec Numéro d’identification personnel (NIP) pour obtenir le quitus du ministère de l’Intérieur dans le cadre de la création d’un parti politique en République gabonaise. Un projet de loi relatif à la réforme des partis politiques passé comme une lettre à la poste à l’Assemblée nationale, mardi dernier.
En témoignent les 59 voix pour, 7 contre et 3 abstentions obtenues au terme de l’examen effectué par la Commission des lois, des affaires administratives et des droits de l’Homme de cette chambre du Parlement. Après l’Assemblée nationale, reste maintenant au Sénat de se prononcer sur la question à son tour.
L’objectif des autorités avec ce nouveau texte est d’encadrer de manière plus rigoureuse la création et le fonctionnement des formations politiques. « Certains partis n’existent qu’à travers leur récépissé », avait dénoncé fin mai le président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Ce cadre juridique « renforcé » impose notamment à chaque formation de disposer d’un siège, d’un compte bancaire actif et de structures statutaires régulières. Cela sous peine de suspension ou de dissolution : « Beaucoup n’y parviendront pas », pronostique un membre du gouvernement à notre journaliste du service Afrique, François Mazet.
Si l’objectif recherché consiste à mettre de l’ordre dans le microcosme politique – marqué par la présence de pas moins de 101 partis politiques officiellement reconnu à ce jour – ce durcissement des critères peut être fatal à bon nombre d’acteurs politiques peu ou prou connus.
A en croire le journal l’Union, même pour les chapelles politiques ayant pignon sur rue, cette nouvelle exigence constitue un véritable casse-tête. D’autant que plusieurs compatriotes n’ont pas forcément le NIP. Notamment dans l’arrière-pays. En dépit des différentes opérations d’enrôlement menées par le ministère de l’Intérieur.
L’autre écueil, et pas des moindres, est relatif à la présentation du compte bancaire. Dans une société où, en matière de finances la « pudeur » est dorénavant érigée en norme, il ne fait l’ombre d’aucun doute que plusieurs formations politiques formées ou en gestation feront dans la rétention.
Arguant sans nul doute que, « l’argent n’aime pas le bruit ». À cela s’ajoute l’obligation de participation et de victoires aux différents scrutins électoraux à venir. Fort des nouveaux critères, pour le moins contraignants, de nombreux partis disparaîtront forcément d’eux-mêmes. À moins de se regrouper dans le cadre des « fusions-absoprtions » pour continuer d’exister.