
Femme d’affaires accomplie, intrépide et stratège inspirée, Roselyne Chambrier (39 ans) dirige aujourd’hui Onze Capital, fonds d’investissement dédié à l’industrialisation et à la création de valeur locale. Après avoir largement contribué à l’implantation du groupe Arise, elle s’impose comme l’une des voix féminines les plus influentes du continent, convaincue que l’éducation, la finance et les industries sont les piliers de son développement durable.
Impossible d’évoquer son parcours sans parler du Terminal industriel polyvalent de San Pedro (TIPSP) en Côte d’Ivoire. À seulement 34 ans, Roselyne Chambrier prend la tête de ce chantier d’envergure, qui sera achevé en juin 2022, avec à la clé la création de milliers d’emplois et une contribution à près de 3 % du PIB ivoirien. Première femme à construire un port minéralier en Afrique, elle incarne un leadership audacieux, ancré dans l’excellence technique et l’engagement social. En pleine crise sanitaire mondiale, elle dirige ainsi plus de 1 000 employés au pic du chantier du TIPSP.
Dormir dans un sac de couchage sur place, gérer les cas d’infections à répétition, assurer la logistique, maintenir les délais et les coûts : autant d’épreuves qui forgent son style de leadership. Cette période incarne sa philosophie : transformer l’adversité en énergie et repousser les limites du possible. Le TIPSP devient une vitrine en matière de leadership féminin, de détermination et de performance industrielle africaine. En reconnaissance, elle a été élevée au rang d’Officier de l’Ordre national ivoirien.
Aujourd’hui, elle déploie ce leadership à travers plusieurs casquettes : fondatrice de CEO de Onze capital, administratrice du Fonds souverain du Gabon, ainsi que fondatrice et présidente de la Fondation Sename. Directe et hyperactive, souvent entre deux avions, Roselyne commence ses journées à 4h30, entre prière et méditation. Un peu de marche si possible, puis cap sur une journée bien remplie. Toujours un projet à mener. « J’aime l’adrénaline ! Quand je crois en quelque chose, rien ne m’arrête », confie-t-elle.
Forte de seize années d’expérience dans la finance et les infrastructures, elle fonde en 2024 Onze Capital, fonds d’investissement dont l’objectif est de mobiliser le capital africain, humain et financier, pour bâtir une industrie endogène et durable. « D’ici 2050, un travailleur sur trois sera africain. L’enjeu est de transformer cette jeunesse en main-d’œuvre qualifiée et compétitive », explique-t-elle. Onze Capital entend participer à la création d’un million d’emplois directs et indirects et incarne sa conviction que l’investissement patient est la clé de la souveraineté africaine.
Roselyne Chambrier grandit à Libreville dans une famille d’enseignants et de médecins, où exigence, service et responsabilité guident ses pas. Après des études au lycée français Charles de Gaulle de Londres, elle choisit la voie des classes préparatoires commerciales. Elle y apprend la résilience et la discipline avant d’intégrer l’ESCP Business School, où elle suit le prestigieux programme trilingue Paris-Londres-Berlin. Ce parcours forge son esprit analytique et son ambition de créer des ponts entre l’Afrique et le monde.
Elle débute sa carrière dans la fusion-acquisition, avant que la crise de 2008 ne bouleverse sa vision. Animée par le désir de servir le développement – alors qu’elle aurait pu choisir le confort d’une carrière à Londres –, elle décide de retourner sur le continent africain où elle participe à la création d’une banque d’investissement, à 24 ans.
Rejoignant son client Olam, futur Arise, elle gravit tous les échelons en un temps record, devenant à 28 ans directrice du développement pour l’Afrique et cinq ans plus tard PDG d’Arise Ivoire. À travers la construction du TIPSP, elle redéfinit la place des femmes dans l’industrie. « Je n’étais pas ingénieure, j’étais jeune, et pourtant je l’ai fait en partant de zéro », résume-t-elle, symbole d’une nouvelle génération de bâtisseurs africains.

Sa carrière fulgurante reflète sa conviction qu’un leader doit avant tout catalyser le changement. Elle bouscule les codes, dérange le statu quo. Son style de management repose sur la responsabilité collective, la transparence et le mentorat. Pour elle, diriger, c’est avant tout faire grandir les autres. Son leadership humaniste inspire une génération de jeunes Africains à oser rêver grand, tout en restant ancrés dans leurs valeurs.
En 2023, elle est nommée Young Global Leader (YGL) par le Forum économique mondial, une reconnaissance qui lui permet de faire entendre la voix de l’Afrique sur les enjeux du futur de la croissance, du travail et de l’industrialisation. Son passage à Harvard dans le cadre d’un programme sur le leadership mondial et les politiques publiques consolide son approche : conjuguer rigueur intellectuelle et impact concret.
Animée par la conviction que l’éducation est le moteur du développement, elle fonde en 2022 la Fondation Sename. À travers son projet phare d’école d’excellence gratuite pour les filles de 3 à 18 ans à Comè, au Bénin, elle entend révéler le potentiel des jeunes Africaines en conjuguant éducation, numérique et leadership. « Le Bénin, c’est mon cœur et un retour aux sources. J’ai aussi été séduite par l’architecture audacieuse du projet économique du pays », affirme-t-elle. En novembre 2025, elle y lance, en partenariat avec une autre YGL, IamtheCODE, un programme de 300 000 formations au codage pour les jeunes, affirmant son engagement pour une éducation inclusive. Sename prépare des projets similaires au Gabon et en Côte d’Ivoire sur l’éducation, la culture numérique, l’entrepreneuriat et le leadership.
Elle aspire à léguer une génération de jeunes qui soient confiants, instruits, enracinés, capables de transformer les ressources du continent en opportunités durables. Pour Roselyne Chambrier, « le véritable leadership ne se décrète pas : il se cultive dès l’enfance, à la maison, dans nos écoles, dans nos communautés. Il se nourrit de valeurs, de savoir et de courage. Le futur du monde se joue ici, en Afrique. Et notre responsabilité collective est de transformer l’inspiration en infrastructure, l’éducation en puissance, et la jeunesse en moteur d’un continent souverain, connecté et prospère ».
Source : forbesafrique