
Mini révolution dans le secteur des mines au Gabon. Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon prévoit d’interdire les exportations du minerai brut, dès janvier 2029. Cette décision, qui vise à stimuler la transformation locale des matières premières, peut s’appuyer sur le socle industriel déjà mis en place par l’un des leaders du secteur.
Très bonne affaire pour le manganèse gabonais en perspective. À l’issue du Conseil des ministres du 30 mai, le gouvernement gabonais a décidé d’interdire les exportations de manganèse brut à compter du 1er janvier 2029. Présentée comme une « orientation souveraine irréversible », cette mesure impose aux opérateurs d’investir dans la transformation locale du minerai dans un délai de trois ans. Si cette décision a surpris par sa soudaineté, elle peut être inscrite dans une dynamique déjà amorcée à Moanda par le leader du secteur, Comilog (filiale du français Eramet).
Le Gabon a produit 10,4 millions de tonnes de manganèse en 2022, selon les chiffres les plus récents rapportés par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Cette production a été assurée à plus de 70 % par Comilog, aux côtés du chinois CICMHZ et de Nouvelle Gabon Mining (NGM), société codétenue par l’État gabonais. Pour l’heure, ces deux dernières entreprises n’ont pas officiellement réagi à la décision du gouvernement.
Au cours de l’année 2025, le Gabon espère produire 11,08 millions de tonnes de manganèse, apprend-on de notre confrère, Le Nouveau Gabon. Cela représente une hausse de 7,7 % en glissement annuel. Suivant la même tendance haussière, le prix de vente de ce minerai devrait croître de 1,2% pour atteindre 135,7 dollars US la tonne en 2025, contre 134,1 dollars US en 2024. Les exportations de ce minerai devraient également suivre la même tendance.
Cette hausse de production pourrait être favorisée par la consolidation des activités sur le site de Ndjolé dans le Moyen-Ogooué par la Compagnie industrielle et commerciale des mines de Huazhou (CICMHZ), ainsi que par les performances de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), principal exploitant de ce minerai dans le pays.
Le Gabon mise aussi sur l’extension de la capacité de production sur le site d’exploitation de manganèse de Biniomi à Franceville, l’amélioration des performances du gisement de Lebaye à Okondja, et la mise en exploitation du gisement de Mounana par la société Nouvelle Gabon Mining.
« Eramet reconnaît l’ambition portée par les autorités gabonaises et […] restera attentif à la mise en œuvre de cette orientation politique et travaillera de manière collaborative à identifier de nouvelles opportunités contribuant au développement économique du Gabon sur le long terme, tout en assurant la durabilité de ses activités minières et métallurgiques », a indiqué la compagnie française dans un communiqué publié ce lundi 2 juin.
A en croire nos confrères d’agenceecofin, la mention de ses activités métallurgiques par Eramet n’est pas anodine. Depuis plusieurs années, la compagnie française a engagé une démarche stratégique de valorisation locale du manganèse extrait à Moanda. À travers sa « laverie d’enrichissement », Comilog élève déjà la teneur du minerai de 30 % en moyenne à plus de 46 %. Une partie de ce concentré est ensuite acheminée vers deux installations industrielles. Il s’agit du Complexe Industriel de Moanda (CIM), en exploitation depuis 2000, et du Complexe Métallurgique de Moanda (CMM), mis en service courant 2020.