Gabon : Brice Laccruche Alihanga fait de grandes révélations sur sa chute

Pour la première fois, Brice Laccruche Alihanga est revenu publiquement sur les circonstances précises ayant conduit à son incarcération en 2019. Dans un entretien exclusif diffusé sur TV5 Monde, l’ancien Directeur de Cabinet du président Ali Bongo a brisé le silence, livrant un témoignage glaçant sur ce qu’il qualifie de « complot monarchique ».

Il dit avoir été coupable pour avoir dit non au fils de l’ancien chef de l’État, Ali Bongo Ondimba dont il a été directeur de cabinet. Brice Laccruche Alihanga, de passage sur les antennes d’une chaîne internationale, sans langue de bois, dit avoir vécu dans les entrailles de l’enfer. Un témoignage frissonnant qui ne laisse personne, ou presque, indifférent.

 «Nourreddin Bongo m’a dit : Mon grand-père était président, mon père est président, je serai président. Es-tu avec moi ou contre moi ? », a-t-il confié, en précisant que cette déclaration lui a été faite en novembre 2019, quelques semaines avant son arrestation. Face à ce qu’il considère comme une dérive dynastique du pouvoir, Brice Laccruche affirme avoir opposé une fin de non-recevoir : « J’ai dit non au prince qui voulait devenir roi. J’ai signé mon arrêt de mort. »

Ces propos marquent un tournant dans la compréhension de son éviction brutale de la haute sphère du pouvoir. Jusqu’ici présenté comme un collaborateur déchu, Brice Laccruche Alihanga se positionne désormais comme un opposant interne à la dérive monarchique, ayant payé le prix fort pour avoir refusé de « servir un pouvoir personnel, illégitime et héréditaire ».

Selon lui, son arrestation et sa détention prolongée ne relevaient en rien du hasard : « C’était une mise en œuvre organisée, planifiée, qui visait à m’assassiner. » Des propos lourds de conséquences qui viennent renforcer l’idée d’un ancien système prêt à tout pour assurer sa propre perpétuation, y compris à éliminer les fidèles devenus gênants. Loin d’un règlement de compte, ces déclarations jettent une lumière crue sur les luttes de pouvoir au sommet de l’État à la fin des années 2010, révélant les coulisses d’une succession qui ne disait pas son nom.

En rompant le silence, Brice Laccruche Alihanga se replace au centre du débat politique gabonais, en tant que témoin-clé de la tentative de mise en place d’une monarchie républicaine, et comme acteur qui a choisi de dire non — quitte à tout perdre.

On l’aurait cru l’auteur du dernier roman de l’écrivain ivoirien, Ahmadou Kourouma « Quand on refuse on dit non ». Brice Laccruche Alihanga a encore dit haut tout ce qu’il a vécu dans les geôles de la prison de Libreville. Les raisons de cette incarcération qui a duré quatre années de souffrance sont liées à son refus au soutien du fils d’Ali Bongo Ondimba, qui, selon lui, voulait succéder à son père. Le refus de l’ancien directeur de cabinet était « catégorique ».

Les conditions de sa détention, dira-t-il, étaient inhumaines. « J’ai passé quatre années à l’isolement total, dans une cellule étroite, sans promenade, sans lecture, sans visite. Je faisais mes besoins là où je dormais. Je ne distinguais plus le jour de la nuit », raconte-t-il.

Brice Laccruche Alihanga a fait le choix courageux de s’opposer à la « dynastie des Bongo » qui se dessinait à l’horizon. Son opposition à ce qui s’organisait lui a valu ce qu’il a vécu en prison. Sa détention, confessera-t-il, est une punition politique orchestrée par le « prince qui voulait devenir roi ». Il dit s’être battu pour avoir empêché la monarchie héréditaire. Il a simplement osé comme bien d’autres qui, pour beaucoup, sont passés de vie à trépas.

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