
Au Gabon, le Code de la nationalité vient d’être révisé par ordonnance présidentielle, promulguée le 26 février 2026, pendant que les députés et sénateurs étaient en vacances parlementaires.
Les Gabonais ont commencé à prendre connaissance du nouveau Code lorsque des extraits ont été publié en fin de semaine sur les réseaux sociaux. A titre d’exemple, l’article 2 de ladite ordonnance redéfinit la notion d’ascendance autochtone sous une nomenclature multidimensionnelle. Dans cette lecture, le peuple Haoussa, établi au Gabon avant les institutions modernes remplirait les critères légaux de l’autochtonie.
À l’heure où l’autochtonie a été redéfinie par cette ordonnance, il est judicieux de scruter l’article 2 dudit Code qui dispose que l’ascendance autochtone repose sur un lien de rattachement « biologique, linguistique, culturel, social, spirituel et historique » à une population établie sur le territoire avant la « mise en place des Institutions Étatiques modernes ». Sur le plan chronologique, la démonstration est éloquente. Et l’argumentaire de défenseurs de l’autochtonie haoussa revêt la forme d’une vérité patente.
Si l’on considère l’érection de la République en 1960 comme le curseur des institutions modernes, la présence haoussa, attestée dès le début du 20e siècle, est antérieure largement à l’État post-colonial. Ce qui d’emblée établit le critère de lien historique. Lequel se trouve couplé à une implantation sociale séculaire. Toute chose qui inscrit de facto cette communauté dans la temporalité exigée par le nouveau code. D’ailleurs, ce Code valorise le « lien linguistique » comme marqueur d’appartenance
Or, le peuple Haoussa offre un cas d’école d’assimilation vernaculaire. Au-delà de la maîtrise du français, qui est la langue administrative et officielle, la pratique courante des langues locales par les Haoussa est une réalité sociologique. Ces derniers pratiquent le Fang dans le Woleu-Ntem, avec une maîtrise dépassant parfois celle des locuteurs natifs, l’Aduma et le Nzebi à Koulamoutou, ou encore l’Ipunu et le Varama dans la zone de la Ngounié et de la Nyanga.
Les Haoussas sont des Gabonais
À croire Gabon Media Time, à y voir de près, cette avancée législative en attendant un éventuel amendement du parlement et la ratification ou non, semble n’être que le prolongement naturel d’une volonté politique affirmée au sommet de l’État. Souvenons-nous que lors de sa tournée républicaine, le Général de Brigade Brice Clotaire Oligui Nguema avait solennellement rappelé que « les Haoussas sont des Gabonais ». Cette déclaration, loin d’être une simple posture oratoire, rejoignait la politique d’intégration initiée par feu Omar Bongo Ondimba, son mentor.
Tous comptes faits, si plusieurs griefs identitaires sont portés contre le nouveau Code de la nationalité qui devrait être en vigueur au Gabon, pour les Haoussa du Gabon, le droit vient enfin confirmer ce que l’histoire et la géographie avaient déjà acté. Et ce, même s’il s’agit d’une décision non clairement indiquée dans une loi. C’est d’ailleurs l’un des écueils de ce texte qui reste flou sur plusieurs notions. Une chose est sûre c’est qu’à la lecture dudit Code l’autochtonie est désormais un statut juridique fondé sur l’antériorité historique et la fusion culturelle.
Parmi les dispositions polémiques, une classification entre Gabonais d’origine, d’adoption et d’affiliation. Une catégorisation contraire au vivre ensemble, commentent de nombreuses voix sur les réseaux sociaux. Le nouveau code énumère aussi les conditions de perte de la nationalité gabonaise. L’article 64 précise que tout Gabonais qui est en service dans une armée ou institution étrangère contraire aux intérêts du Gabon perd de plein droit sa nationalité.