Gabon : une levée de fonds record de 426 millions FCFA pour la start-up Pozi

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La start-up gabonaise POZI spécialisée dans la télématique et la gestion de flotte, a annoncé le vendredi 3 octobre la clôture d’une levée de 650 000 € (environ 426 millions FCFA) auprès du fonds Saviu Ventures, avec l’accompagnement d’Emsy Capital et du cabinet Chazai Wamba. Cette opération constitue de sources concordantes, une première historique au Gabon où aucune start-up technologique n’avait jusqu’ici réussi à attirer d’investissement de capital-risque étranger.

La start-up gabonaise Pozi a levé 650 000 euros début octobre, une première dans l’histoire du pays. Une levée de fonds rare dans un environnement où l’Afrique francophone reste largement en marge des investissements : en 2025, les États de la région ne devraient capter pas plus de 15% du total des financements destinés aux start-up du continent.

« C’est un outil d’aide à la décision qui permet d’optimiser son exploitation de flottes. » C’est ainsi que Loïc Kapitho, cofondateur de Pozi, résume le concept de sa jeune entreprise. « Ce qui est nouveau dans notre approche, c’est le fait de proposer des tableaux de bord de manière, on va dire native, qui sont orientés plutôt décideurs, donc financiers- exploitants. Ce qui est nouveau, c’est que notre métier en général repose sur des profils un petit peu techniques, des geeks en entreprise qui vont faire du suivi en temps réel », décrypte-t-il.

Pouvoir tracer ses véhicules et optimiser leurs déplacements, tout cela grâce à une interface simple d’utilisation ; voici le concept de Pozi, explique Loïc Kapitho. « On a un sujet de sécurité, on a un sujet de localisation, mais de plus en plus, c’est surtout un sujet d’optimisation. Un cas d’usage serait par exemple les chantiers qui grandissent. Vous avez de plus en plus de chantiers, des routes, des buildings qui nécessitent de l’agrégat, du sable. Et en règle générale, ce sont ces flux qu’on essaie d’optimiser pour être sûr qu’on n’a pas de perte en route, pour être sûr que les engins sont bien utilisés, avec un bon taux d’occupation sur les chantiers, pour être sûrs aussi qu’on n’a pas de surconsommation de tout ce qui va être carburant. Grâce aux datas collectées, en fait, on fournit aux financiers et aux décideurs des tableaux qui leur permettent d’être sûrs que leur exploitation est optimisée », poursuit le cofondateur.

Avant d’en arriver là, c’est sur fonds propres que la start-up a fait ses débuts. Lever des fonds dans la région reste difficile, explique Loïc Kapitho : « C’est difficile parce qu’on n’a pas une culture du risque et de l’investissement dans la tech, en Afrique centrale. En règle générale, on est plutôt portés par les secteurs traditionnels. Ce sont des économies dites rentières, donc avec énormément de capitaux dans les infrastructures, dans le milieu d’extraction minière ou du pétrole. Et donc, en général, les investisseurs s’intéressent plutôt à ces gros projets d’infrastructures, des projets d’énergie, et très peu sont portés sur les startups. La difficulté réside dans le fait qu’il y a très peu d’acteurs, sinon aucun acteur spécialisé. Et donc, on a quasiment obligation d’aller regarder sur des marchés qui ont plus de latitude, plus de culture d’investissement dans la tech. L’Afrique de l’Ouest, à ce titre, a un peu plus de maturité. »

Lever des fonds, un défi en Afrique centrale

Cette levée de fonds survient dans un climat financier qui se durcit pour les start-up africaines. Selon Partech Africa, les investissements captés par les jeunes pousses du continent sont passés de 4,6 milliards USD en 2022 à 2,9 milliards USD en 2023, puis à environ 2,2 milliards USD en 2024. L’Afrique centrale reste la région la moins servie, avec seulement 5 millions USD mobilisés en 2024, soit 0,2% du total continental. 

Dans ce contexte, l’opération de POZI illustre aussi le potentiel encore inexploité de l’écosystème technologique de la région centrale du continent. Pour le Gabon qui cherche à diversifier son économie et à renforcer son tissu entrepreneurial, l’essor de cette start-up pourrait ouvrir la voie à d’autres et renforcer la visibilité sur la carte de l’innovation africaine.

La jeune pousse gabonaise s’inscrit donc dans une dynamique régionale où la tech africaine attire de plus en plus les investisseurs internationaux. En 2024, le continent a dépassé les 3 milliards de dollars d’investissements en capital-risque, selon plusieurs rapports sectoriels, mais l’Afrique centrale reste souvent à la traîne face à l’Afrique de l’Ouest et à l’Afrique de l’Est. L’entrée de Saviu Ventures dans le capital de POZI vient donc corriger une asymétrie et repositionner le Gabon sur la carte des hubs technologiques émergents.

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