Gabon : pourquoi la grève des enseignants se poursuit

En ce début de février 2026, la grève des enseignants au Gabon se poursuit en raison d’un désaccord profond sur la mise en œuvre de leurs revendications, malgré les annonces financières du gouvernement. Le mouvement, qui a pris de l’ampleur depuis la rentrée du 5 janvier 2026, paralyse la majorité des établissements publics.

Malgré la signature d’un accord de sortie de crise avec le gouvernement en milieu de semaine, les enseignants gabonais en grève depuis plus d’un mois ont décidé de reconduire leur mouvement, ce samedi 31 janvier. Ces derniers estiment que leurs revendications ne sont pas satisfaites et que les autorités peuvent aller plus loin.

A en croire Rfi, à Libreville, les grévistes venus nombreux se sont rassemblés dans un stade pour écouter le compte rendu de ses discussions avec l’exécutif fait par leur négociatrice, Honorine Angue Mintsa. Si celle-ci rappelle que les pourparlers ont débouché sur la promesse du recrutement de près de 400 enseignants, du versement d’un pré-salaire à 1800 bénévoles et d’une évolution de carrière pour 5000 agents, la foule juge ces acquis insuffisants.

« On n’a pas obtenu grand chose : je pense que le gouvernement peut aller un peu plus loin », confie par exemple l’un des présents, tandis qu’un autre estime que « les enseignants ont des conditions de travail misérables » et qu’« il faudrait leur redonner de la dignité ».

« Régulariser la carrière de 5000 enseignants sur 21 000, c’est très peu : on demande au gouvernement de faire un effort supplémentaire et de nous proposer un chronogramme clair et précis. En dehors de cela, il y a d’autres points de revendication, notamment la question du pré-salaire qui est illégal en République gabonaise. Or le gouvernement le remet sur la table. Donc on n’est toujours pas satisfait ! », lance pour sa part Clovis Ebo, l’un des leaders du mouvement SOS Éducation-La base.

Reste que la poursuite de la grève commence toutefois à faire débat, certains enseignants – qui préfèrent garder l’anonymat – estimant qu’un tel radicalisme ne paie pas. « Le gouvernement a donné quelque chose, c’est pourquoi j’aurais souhaité que les gens lui fassent confiance et retournent dans leur classe. Il aurait alors été de bon aloi de se remobiliser ensuite, si on avait estimé avoir été floué », avoue l’un d’eux.

Revendications administratives et financières 

En effet, le point d’achoppement majeur concerne la régularisation des situations administratives accumulées après 10 ans de gel de carrière. Les enseignants exigent  : l’intégration, la titularisation, l’avancement et le reclassement après stage des agents. Le paiement des arriérés : cela inclut les rappels de solde avec effet immédiat, les vacations et le paiement des indemnités en suspens. La mise en solde des nouveaux enseignants (sortants des écoles de formation) qui attendent leur premier salaire ou présalaire. 

Bien que le gouvernement ait mobilisé 16 milliards de francs CFA pour tenter de désamorcer la crise, les syndicats (dont le SENA et le collectif SOS Éducation) jugent les mesures insuffisantes ou perçues comme des manœuvres dilatoires.  Les enseignants dénoncent l’accumulation de promesses sans résultats visibles dans leur quotidien administratif. Malgré plusieurs rounds de négociations, les positions se sont durcies, notamment suite à l’arrestation temporaire de leaders syndicaux en janvier. Le mécontentement porte également sur la dégradation globale de l’école publique : Le manque de personnel et les effectifs pléthoriques nuisent à la qualité de l’enseignement.  Le sous-investissement chronique dans les infrastructures et les dispositifs pédagogiques est régulièrement pointé du doigt. 

Face à l’impasse, le gouvernement a dû ajuster le calendrier scolaire 2025-2026 début février pour tenter de sauver l’année scolaire et éviter une « année blanche ». Des représentants de SOS Éducation sont attendus à l’Assemblée nationale ce mercredi 4 février 2026 pour de nouvelles discussions.

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