
Treize personnes, dont l’ancienne première dame gabonaise, Sylvia Bongo, et son fils, Noureddin, sont jugés depuis lundi 10 novembre devant la cour criminelle de Libreville pour détournements de fonds publics lors d’un procès retentissant qui doit faire l’examen des dernières années de pouvoir d’Ali Bongo, renversé en 2023.
Jamais le Gabon n’avait conduit pareilles audiences. Sylvia Bongo, son fils Noureddin et leurs onze coaccusés – de jeunes cadres appartenant à un groupe surnommé la « Young Team » – sont suspectés d’avoir accaparé le pouvoir, notamment en usurpant la signature présidentielle, après l’accident vasculaire cérébral d’Ali Bongo, en 2018, qui a laissé le chef d’Etat très affaibli. Celui-ci ne fait pas partie des accusés.
Arrêtés le soir du coup d’Etat d’août 2023, Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin Bongo Valentin ont quitté le Gabon en mai 2025 et ont assuré, le mois dernier, qu’ils ne se rendront pas à Libreville pour ce procès. Vendredi 7 novembre, le porte-parole de la présidence de la République est revenu sur ce procès à venir, et notamment sur des vidéos en caméra cachée diffusées, ces derniers temps, sur les réseaux sociaux par Nourredin Bongo.
A en croire RFI, le porte-parole de la présidence gabonaise a accusé Noureddin Bongo Valentin de vouloir déstabiliser le Gabon à travers ses vidéos filmées en caméra cachée. Dans l’une d’elles, on voit des officiels gabonais et des hauts magistrats au domicile de l’ancien président Ali Bongo Ondimba lui demandant de signer des documents. « On est dans une campagne d’influence qui vise une tentative de déstabilisation mais qui ne prospérera pas », déclare Théophane Nzame Nze Biyoghe, porte-parole de la présidence de la République.
L’ex-Première dame et son fils, qui résident à Londres, ne seront donc pas présents pour le début du procès, programmé lundi 10 novembre. Leurs avocats n’ont pas non plus l’intention de participer à ce qu’ils qualifient de « simulacre de procès ». « On snobe la justice gabonaise. Ces derniers seront jugés par contumace. Ce sont les règles du code pénal gabonais qui vont s’appliquer à ces citoyens gabonais qui ont à répondre à un certain nombre de faits devant la justice », poursuit Théophane Nzame Nze Biyoghe.
Dans une conférence de presse au siège de son parti à Libreville, Alain Claude Bilie By Nze, ancien Premier ministre d’Ali Bongo, devenu la principale figure de l’opposition gabonaise, dit douter de l’indépendance de la justice gabonaise à organiser un procès équitable : « Dans ce dossier, nous estimons qu’elle [la justice] est instrumentalisée. Ce procès aurait dû être celui de la réhabilitation de la justice. Il va être le procès de la justice. »
Sur les graves accusations de détournement de fonds publics, de blanchiment et de faux. Il nie tout en bloc au journal Le Point : “c’est totalement faux. Les militaires avaient besoin d’un récit pour justifier leur coup de force, et ils ont construit ce narratif pour manipuler l’opinion. C’est dans ce contexte qu’on a prétendu avoir trouvé des valises d’argent chez moi. Mais elles n’ont jamais été à moi – je n’ai jamais transporté autant d’espèces de ma vie”.