La Chine veut être la superpuissance de demain en prêtant aux plus riches

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Une étude inédite révèle comment la Chine, premier créancier mondial, a reorienté ses prêts vers les pays riches et les technologies sensibles. Aucun pays n’a attiré autant de crédits chinois que les États-Unis depuis 2000. Avec 21 milliards de dollars, la France est loin derrière.

La Chine a tissé un réseau de crédit beaucoup plus vaste qu’on ne l’imaginait jusqu’ici. Les banques publiques chinoises ont accordé 2.200 milliards de dollars de prêts et de subventions dans le monde depuis l’an 2000, selon une étude colossale menée par AidData, un laboratoire de recherche de l’université américaine Willam & Mary, qui a mobilisé plus de 140 analystes pendant trois ans pour extraire ces données souvent difficiles d’accès.

« La taille globale du portefeuille chinois est deux à quatre fois supérieure aux estimations publiées précédemment », observe Bradley Parks, le directeur du programme, dans son rapport. Cela fait de la Chine le premier créancier mondial, « une position que personne ne peut se permettre de s’aliéner ou de contrarier », estime Brooke Escobar, co-auteure du rapport.

Surtout, alors que l’on pouvait penser que les crédits chinois étaient essentiellement dirigés vers des pays du Sud, AidData note qu’ils sont largement tournés vers des pays à revenu élevé. Entre 2000 et 2023, les banques publiques chinoises ont accordé 943 milliards de dollars de prêts dans 72 pays à revenu élevé, note AidData. Les prêts accordés dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie ne représentent qu’environ 20% du total. En fait, Pékin a progressivement concentré ses efforts vers les pays riches, surtout après 2015 et le plan stratégique « Made in China 2025 ».

« Tous ces prêts ne servent pas nécessairement un grand dessein géopolitique », précise Bradley Parks, le directeur du programme dans une tribune publiée par The Economist. Cependant, nombre de prêts chinois ont financé la construction d’infrastructures essentielles ou permis le rachat d’entreprises technologiques américaines par des entreprises chinoises. »

200 milliards vers l’Amérique

Plus de 200 milliards de dollars de prêts ont été dirigés vers les États-Unis, plus que tout autre pays dans le monde. « Il s’agit d’une découverte extraordinaire, étant donné que les États-Unis ont passé la majeure partie de la dernière décennie à mettre en garde les autres pays contre les dangers d’une exposition importante à la dette envers la Chine, et à accuser la Chine de pratiquer une ‘diplomatie du piège de la dette' », juge Bradley Parks.

Ces crédits ont servi à soutenir la trésorerie de très nombreuses entreprises américaines, dont Amazon, Tesla, Ford ou Boeing. À titre d’exemple, la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC) a aussi contribué à hauteur de 107 millions de dollars à un prêt accordé à Walt Disney Company en 2020. L’argent public chinois abonde particulièrement des projets d’infrastructures liés au gaz naturel liquéfié (GNL) au Texas et en Louisiane, mais aussi des gazoducs, des centres de données en Virginie ou les aéroports de Los Angeles et de New York.

« Une grande partie des prêts accordés aux pays riches est axée sur les infrastructures critiques, les minéraux critiques et l’acquisition d’actifs de haute technologie, comme les entreprises de semi-conducteurs », précise Brad Parks.

Réagissant à cette étude, l’économiste américain Michael Pettis note sur X: « Parmi les économies avancées, celles dont les marchés de capitaux sont les plus ouverts, les plus flexibles et les mieux gouvernés ont toujours été les plus susceptibles d’absorber l’essentiel du recyclage de l’épargne excédentaire de la Chine, et cela signifie principalement les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie ».

21 milliards de crédits en France

L’Union européenne est aussi alimentée par des crédits publics chinois (161 milliards de dollars pour 1.800 projets depuis 2000). La France, deuxième économie du bloc, est aussi le deuxième bénéficiaire, derrière l’Allemagne, avec un pic en 2015. AidData a répertorié 21,3 milliards de dollars de prêts dans l’Hexagone dans 184 projets, surtout dans les secteurs du transport, de l’énergie et de l’industrie, même si ces prêts peuvent aussi avoir servi à des dons de masques pendant le Covid ou au financement des instituts Confucius.

Selon ces données, la Banque de China (BoC) a par exemple contribué pour plus de 120 millions d’euros au projet de financement du parc éolien en mer de Saint-Nazaire, le premier installé en France (investissement total de 2,15 milliards d’euros). Les banques chinoises ont également soutenu la trésorerie d’entreprises françaises, en particulier lors de la crise Covid. Ainsi, selon AidData, la Banque de Chine a également accordé des crédits à Airbus, Michelin, Orpéa, ou Saint-Gobain.

Le Royaume-Uni et le Portugal particulièrement friands

Le Royaume-Uni est toutefois le pays européen le plus concerné par ces crédits (60 milliards de dollars). Certains de ces financements auraient aidé les industriels chinois à mettre la main sur des technologies clés, selon la BBC qui cite notamment l’exemple de l’entreprise Imagination, spécialisée dans la conception de semi-conducteurs, rachetée en 2017 par un fonds d’investissement (Canyon Bridge Fund), alors basé en Californie mais détenu par des acteurs étatiques chinois.

Dans l’absolu, mais surtout rapporté à sa population, le Portugal a également été particulièrement choyé par les crédits publics chinois (11,6 milliards d’euros, plus que les Pays-Bas). Ces banques ont notamment financé EDP, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité du pays, privatisé en 2011 dans un contexte de crise budgétaire et dont le premier actionnaire est aujourd’hui une entreprise publique chinoise (China Three Gorges).

Ce partenariat avec la Chine est recherché par les autorités portugaises. Selon les données de la Banque du Portugal, les investissements directs chinois au Portugal ont augmenté de 9,3% en 2024, pour atteindre une valeur record de 3,96 milliards d’euros, soit une multiplication par 4,5 en dix ans.

Source : BFM Business

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