Gabon : le procès du naufrage du bateau Esther Miracle livré ses premiers secrets

Le procès du naufrage du ferry Esther Miracle, survenu le 9 mars 2023, s’est ouvert sur le fond ce mardi 7 avril 2026 au Tribunal de première instance de Libreville. Après trois ans d’attente et plusieurs reports, les premières audiences ont commencé à lever le voile sur les circonstances tragiques de ce drame qui a coûté la vie à 34 personnes.

Au Gabon, le procès du naufrage du bateau Esther Miracle s’est poursuivi ce 8 avril. Après l’audition des témoins, ce sont les dirigeants de la Marine qui ont été auditionnés. Poursuivis pour omission de porter secours et mise en danger de la vie d’autrui, ils sont tous en prison depuis trois ans. Pour la première fois, ils ont livré leur version des faits en public.

À la barre, l’ancien directeur général de la Marine marchande, Fidel Angoue Mba, et plusieurs de ses adjoints, étaient sous le feu des questions du procureur, du juge et des avocats des victimes. Principales interrogations : la qualité des inspections du navire et l’existence des autorisations de navigation.  Il y a trois ans, le ferry a coulé au large du Gabon après avoir subi d’importantes modifications, ainsi qu’un changement de moteur.

Selon les premiers éléments de l’enquête, des manquements aux règles de sécurité et des défaillances techniques avaient été évoqués, soulevant des interrogations sur l’état du navire et les conditions de contrôle par les autorités compétentes. Le drame avait également relancé le débat sur la sécurité du transport maritime au Gabon, où de nombreuses liaisons dépendent de ferries pour desservir la capitale économique gabonaise semi-enclavée.

Le propriétaire du bateau auditionné à son tour

Maître Martial Loundou, avocat des victimes, estime que tout accable les accusés : « Les contrôles, les expertises qui n’ont pas été bien faites avant de valider la navigation de ce navire… La justice doit dire le droit sur ces agents de l’administration qui valident tout et n’importe quoi ! »

Pour sa part, Maître Tony Minko, avocat des cadres de la Marine marchande, pointe une procédure faussée. Incarcérés, ses clients n’ont pas pu mener l’enquête nécessaire après le naufrage, affirme-t-il : « Rien n’accable nos clients parce que le fait de signer un certificat d’homologation, un certificat de navigabilité, n’induit pas une mise en danger de la vie d’autrui. Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que c’est à cause de cette signature qu’il y a eu naufrage le 9 mars 2023 ? Non ! »

Pour rappel, sur les 161 passagers que transportait le ferry, les chiffres officiels font état de 30 morts et de 16 personnes dont les corps restent introuvables jusqu’à ce jour. Quelques jours plus tard, Fidèle Angoue Mba, quelques-uns de ses collaborateurs et Blaise Mbadinga avaient été arrêtés avant d’être placés en détention préventive à la prison de Gros- Bouquet, après avoir été inculpés pour « homicide involontaire », « blessures involontaires », « omission de porter secours » et « faux et usage de faux ». Ce jeudi, la justice auditionnera le propriétaire du bateau avant le début des plaidoiries.

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