Gabon : plus de 1,2 milliard d’euros mobilisés pour bâtir une filière avicole nationale

Le Gabon accélère sa stratégie de souveraineté alimentaire à travers des investissements massifs dans la filière avicole. Porté par des partenaires locaux et étrangers, le pays veut réduire sa forte dépendance aux importations de viande de poulet et atteindre l’autosuffisance dès 2027.

Le Gabon affiche de grandes ambitions pour son industrie avicole. Les autorités ont récemment franchi une nouvelle étape dans leur stratégie de transformation agricole en signant plusieurs accords d’investissement représentant plus de 775 milliards de FCFA, soit environ 1,2 milliard d’euros. Ces financements doivent permettre de moderniser et d’industrialiser une filière encore largement dépendante des importations étrangères.

Aujourd’hui, plus de 90 % de la consommation nationale de viande de poulet provient principalement du Brésil et de l’Union européenne. Une dépendance que le gouvernement souhaite progressivement réduire, avec en ligne de mire l’interdiction des importations de poulets de chair à partir du 1er janvier 2027.

Parmi les projets annoncés figure la construction d’une importante ferme intégrée à Ntoum par le groupe turc Hakan Kiran Holding. Cette infrastructure, estimée à 67 milliards de FCFA, devrait produire jusqu’à 60 000 tonnes de viande par an. Le groupe gabonais NJS/Avi Gabon prévoit également d’investir dans une ferme moderne et une unité de fabrication d’aliments pour bétail dans la province du Woleu-Ntem.

La coopération chinoise occupe aussi une place centrale dans cette dynamique. L’Association agricole chinoise pour les échanges internationaux, en partenariat avec Hong Kong Grove Metal Limited, prévoit la réalisation de plusieurs infrastructures agro-industrielles dans les provinces de l’Estuaire et de l’Ogooué-Maritime. Ces projets incluent notamment des fermes avicoles intégrées, des installations de transformation et un parc agricole destiné à soutenir la production locale.

À travers ces investissements, Libreville cherche à structurer toute la chaîne de valeur avicole, depuis la production des poussins jusqu’à la transformation et à la commercialisation de la viande. L’objectif est non seulement de réduire les importations, mais aussi de créer des emplois, renforcer les capacités locales et améliorer la sécurité alimentaire du pays.

Conscient de ces limites

Le défi reste toutefois considérable. Selon les données disponibles, la production nationale de viande de poulet demeure très faible face à une demande en constante augmentation. Entre 2020 et 2024, le pays n’a produit qu’un peu plus de 4 000 tonnes de viande de volaille, alors que les importations dépassaient en moyenne 74 000 tonnes par an. Dans les grandes villes comme Libreville et Port-Gentil, le poulet reste l’une des principales sources de protéines accessibles pour les ménages.

Conscient de ces limites, le gouvernement multiplie les initiatives d’accompagnement. En mars dernier, une délégation gabonaise s’est rendue au Sénégal afin d’étudier le modèle de développement de la filière avicole sénégalaise, considérée comme l’une des plus performantes en Afrique de l’Ouest.

Le financement des producteurs locaux constitue également une priorité. La Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon (BCEG) a récemment lancé un fonds de crédit agricole à taux réduit destiné à soutenir les entrepreneurs agricoles et avicoles. Ce mécanisme vise à faciliter l’accès au financement tout en offrant un accompagnement technique aux porteurs de projets.

Parallèlement, les autorités misent sur la formation pour préparer la montée en puissance du secteur. Un vaste programme destiné à former près de 40 000 acteurs de la chaîne avicole a été annoncé. Il concerne aussi bien l’élevage, la transformation, la production d’aliments pour bétail que la commercialisation.

À travers cette stratégie, le Gabon espère faire émerger une industrie avicole capable de répondre durablement à la demande nationale et de réduire sa vulnérabilité face aux fluctuations du marché international.

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