
Le gouvernement gabonais veut donner un nouvel élan à la décentralisation en s’attaquant à l’un de ses principaux obstacles : le financement des collectivités territoriales. Réuni en comité interministériel sous la présidence du vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, l’exécutif a défini plusieurs orientations destinées à rendre effectif le transfert des compétences et des ressources vers les collectivités locales, avec l’ambition d’inscrire ces mesures dans la loi de finances 2027.
Près de trois décennies après l’adoption des premiers textes consacrant la décentralisation au Gabon, les autorités reconnaissent que la réforme peine encore à produire les effets attendus. Si le cadre juridique est en place, son application reste limitée, notamment en raison d’un manque de ressources financières et de l’insuffisance des mécanismes d’accompagnement des collectivités territoriales.
Pour remédier à cette situation, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a présidé, jeudi 23 juillet, une réunion du comité interministériel sectoriel consacrée au financement de la décentralisation. Cette rencontre a réuni plusieurs membres du gouvernement, parmi lesquels les ministres chargés de la Réforme des institutions, du Budget, de l’Intérieur, de la Fonction publique et du Pétrole.
Le financement au cœur des préoccupations
Les travaux ont principalement porté sur le fonctionnement du Fonds national de péréquation, un dispositif destiné à réduire les disparités entre collectivités et à garantir un financement plus équilibré des territoires.
Les échanges ont mis en évidence plusieurs difficultés qui continuent de freiner la mise en œuvre de la décentralisation. Parmi les principaux constats figure la faible application des dispositions légales prévoyant l’affectation de 5 à 10 % des recettes de l’État au financement des collectivités territoriales.
Les participants ont également souligné le non-respect du principe de concomitance, selon lequel tout transfert de compétences de l’État vers les collectivités doit s’accompagner des moyens financiers, humains et matériels nécessaires à leur exercice. À cela s’ajoute l’absence de fonctionnement effectif du Fonds national de péréquation, pourtant considéré comme un levier essentiel de solidarité territoriale.
Vers un financement durable dès 2027
À l’issue des discussions, Hermann Immongault a demandé l’élaboration d’un diagnostic complet afin d’identifier les principaux blocages et de proposer des solutions concrètes.
Le gouvernement prévoit ainsi d’intégrer, dès la loi de finances 2027, les ressources destinées à alimenter le Fonds national de péréquation. Selon les premières orientations, ce mécanisme devrait être financé par des recettes issues de secteurs stratégiques de l’économie nationale, notamment les industries minières, pétrolières ainsi que les activités liées aux eaux et forêts.
L’objectif est de garantir aux collectivités des ressources pérennes leur permettant d’exercer pleinement leurs missions et de renforcer leur autonomie financière.
Au-delà des questions budgétaires, l’exécutif entend accélérer le processus de transfert des compétences vers les collectivités territoriales. Les ministères ayant déjà engagé cette démarche ont été invités à produire un calendrier détaillé précisant les compétences transférées, les ressources mobilisées ainsi que les modalités de leur mise en œuvre. Cette planification devrait permettre d’améliorer la coordination entre l’administration centrale et les collectivités locales, tout en assurant une meilleure efficacité de l’action publique sur l’ensemble du territoire.
Faire de la décentralisation un véritable levier de développement
À travers cette nouvelle impulsion, les autorités gabonaises affichent leur volonté de donner un contenu concret à une réforme longtemps restée inachevée. En plaçant le financement des collectivités au centre des priorités, le gouvernement espère créer les conditions d’une gouvernance locale plus efficace, capable de répondre davantage aux besoins des populations.
L’ambition affichée est de bâtir un modèle de décentralisation reposant sur un transfert réel des compétences, une autonomie financière renforcée et une responsabilisation accrue des collectivités territoriales, afin de faire de celles-ci de véritables acteurs du développement économique et social du pays.