
Le dossier frontalier entre le Gabon et la Guinée équatoriale connaît une nouvelle évolution. La ministre gabonaise des Affaires étrangères, Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbeneny, a reçu, le 24 août au Palais de la Constitution, l’accord d’engagement conjoint conclu entre les deux pays à Addis-Abeba. Transmis par le président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Aba’a Owono, ce document encadre la mise en œuvre de l’arrêt rendu en mai 2025 par la Cour internationale de justice (CIJ) dans le différend relatif notamment aux îles Mbanié, Conga et Cocotiers.
La remise officielle du document marque une nouvelle étape dans le processus engagé entre Libreville et Malabo. L’accord d’engagement conjoint a été signé le 27 juillet 2026 à Addis-Abeba, en marge de la 49e session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine.
Il intervient dans le prolongement de la décision rendue le 19 mai 2025 par la Cour internationale de justice, saisie du différend opposant les deux États sur la délimitation de leur frontière terrestre et maritime ainsi que sur la souveraineté des îles Mbanié, Conga et Cocotiers.
L’objectif du nouvel accord est de permettre aux deux parties de travailler progressivement à l’application de la décision judiciaire, en définissant un cadre de concertation sur les modalités pratiques de sa mise en œuvre.
Libreville veut lever toute ambiguïté
Alors que la question des frontières demeure particulièrement sensible, les autorités gabonaises tiennent à clarifier la portée du document signé avec la Guinée équatoriale.
Pour Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbeneny, cet accord ne constitue ni un acte de cession territoriale ni une modification de la décision rendue par la CIJ. La cheffe de la diplomatie gabonaise insiste ainsi sur le fait que le texte vise avant tout à organiser la coopération entre les deux États autour de l’exécution de l’arrêt.
Cette précision intervient dans un contexte où toute évolution du dossier frontalier peut susciter des interrogations au sein de l’opinion publique. Libreville entend donc dissocier clairement le mécanisme de mise en œuvre de l’arrêt de toute éventuelle remise en cause de ses intérêts territoriaux.
L’Union africaine au cœur du processus
La démarche engagée par les deux pays s’inscrit également dans une logique de règlement pacifique des différends promue par l’Union africaine. Le choix d’Addis-Abeba pour la signature de l’accord souligne d’ailleurs l’importance accordée à l’accompagnement continental du processus.
Le cadre retenu doit favoriser le dialogue et permettre aux deux États de traiter les questions techniques liées à l’application de la décision de la CIJ sans remettre en cause les principes du droit international.
Pour le Gabon, cette approche traduit une volonté de privilégier la concertation et d’éviter que le différend frontalier ne devienne une source durable de tensions avec son voisin.
Un processus qui se veut progressif et concerté
La mise en œuvre de l’arrêt de la CIJ devrait donc s’inscrire dans la durée. L’accord d’engagement conjoint fournit une méthode de travail destinée à permettre aux représentants gabonais et équato-guinéens de se concerter sur les différentes étapes du processus.
Cette démarche suppose un dialogue régulier entre les deux parties, notamment sur les aspects techniques et pratiques liés à l’application de la décision judiciaire. Elle doit également permettre de préserver les relations de bon voisinage entre les deux pays.
En recevant officiellement le document, la ministre des Affaires étrangères réaffirme ainsi la position de Libreville : respecter la décision de la justice internationale tout en défendant ses intérêts et en privilégiant le dialogue.
Le Gabon mise sur le règlement pacifique
Au-delà de la dimension strictement juridique, le dossier revêt une portée diplomatique et régionale. Le Gabon et la Guinée équatoriale partagent une frontière et entretiennent des relations qui nécessitent une gestion maîtrisée des questions sensibles.
En s’inscrivant dans le cadre fixé par la CIJ et accompagné par l’Union africaine, Libreville entend faire du dialogue le principal outil de résolution du différend.
La remise de l’accord à la ministre des Affaires étrangères constitue ainsi une étape supplémentaire vers l’application concertée de l’arrêt de la CIJ. Pour les autorités gabonaises, le cap reste inchangé : préserver l’intégrité des intérêts nationaux, respecter le droit international et consolider les relations de bon voisinage avec la Guinée équatoriale.