Gabon : Libreville rejette la dette de 300 millions de dollars réclamée par Bosch Capital

Le bras de fer entre l’État gabonais et Bosch Capital prend une nouvelle tournure. Alors que le fonds sud-africain réclame à Libreville le paiement d’une créance de plus de 300 millions de dollars et avait fixé au 3 septembre 2026 une échéance pour son règlement, le gouvernement gabonais oppose une fin de non-recevoir. Par la voix de son porte-parole, le Pr Charles Edgard Mombo, l’exécutif conteste à la fois la nature de la créance invoquée et sa validité juridique, estimant que le dossier a déjà été tranché par la justice londonienne.

Libreville refuse de reconnaître la créance

Le gouvernement gabonais a décidé de monter au créneau face aux revendications de Bosch Capital. Dans une communication officielle, le porte-parole du gouvernement, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Pr Charles Edgard Mombo, affirme que l’État gabonais ne reconnaît aucune dette exigible envers le fonds sud-africain.

Au cœur de la controverse se trouvent plusieurs documents financiers présentés par Bosch Capital pour justifier sa demande de paiement. Pour les autorités gabonaises, ces documents ne peuvent cependant pas être assimilés à des titres de créance immédiatement exigibles.

Libreville soutient qu’il s’agit plutôt de promesses de paiement liées à un différend contractuel antérieur, lequel aurait déjà fait l’objet d’une procédure d’arbitrage et d’un contentieux devant les juridictions britanniques.

Cette distinction est déterminante. Elle permet au gouvernement gabonais de contester non seulement le montant réclamé, mais également le fondement même de la procédure engagée par Bosch Capital.

Une échéance fixée au 3 septembre

La confrontation intervient alors que Bosch Capital avait adressé, le 24 août dernier, une correspondance à l’État gabonais lui demandant de s’acquitter de la somme réclamée avant le jeudi 3 septembre 2026.

Le fonds sud-africain affirme détenir les droits correspondant à cette créance après avoir repris, en juin 2025, les intérêts de Paramount Logistics Corporation, société sud-africaine active notamment dans les secteurs de la logistique et du soutien aux équipements militaires.

Mais pour Libreville, cette transmission de droits ne suffit pas à rendre la dette opposable à l’État. Le gouvernement entend donc défendre sa position devant les instances compétentes et rejette toute interprétation selon laquelle l’échéance fixée par Bosch Capital constituerait une obligation immédiate de paiement. Pour appuyer sa position, le gouvernement gabonais met en avant une décision rendue par la justice londonienne le 6 février 2026.

Selon le porte-parole du gouvernement, cette décision aurait rejeté les demandes formulées par Paramount Logistics Corporation contre la République gabonaise. La société sud-africaine aurait, en outre, été condamnée à verser au Gabon 110 000 euros, soit environ 72 millions de FCFA.

Pour Libreville, cette décision constitue un élément majeur dans le dossier. Elle fragilise, selon les autorités, les prétentions financières aujourd’hui reprises par Bosch Capital. Le gouvernement gabonais considère ainsi que le changement de titulaire de la créance ne saurait effacer les conclusions issues des précédentes procédures judiciaires.

Des contrats militaires à l’origine du contentieux

L’affaire trouve son origine dans plusieurs opérations militaires réalisées entre le Gabon et des entreprises sud-africaines. Selon les informations rapportées par Africa Intelligence, Libreville aurait notamment acquis, entre 2006 et 2007, plusieurs avions de combat Mirage F1AZ issus de l’ancienne flotte de l’armée de l’air sud-africaine. Ces acquisitions auraient impliqué Paramount Logistics Corporation et Aerosud.

Le contentieux financier actuellement ravivé serait toutefois principalement lié à un autre accord conclu en 2014. Celui-ci portait sur des prestations d’entretien, de maintenance et de soutien concernant des équipements militaires gabonais. Des impayés accumulés dans le cadre de ce contrat auraient progressivement nourri le différend entre les parties, jusqu’à déboucher sur des procédures arbitrales et judiciaires.

Bosch Capital reprend le dossier, Libreville conteste

Le changement d’acteur dans cette affaire ajoute une nouvelle dimension au contentieux. Bosch Capital se présente comme le détenteur des droits sur la créance initialement associée à Paramount Logistics Corporation, après une opération de reprise intervenue en juin 2025.

Le fonds sud-africain entend donc faire valoir les droits qu’il estime avoir acquis auprès de Paramount. Le gouvernement gabonais, lui, refuse de considérer cette opération comme suffisante pour établir une dette certaine, liquide et exigible à son encontre.

Au-delà du montant — plus de 300 millions de dollars, soit plusieurs centaines de milliards de FCFA — c’est donc la validité juridique de la créance qui constitue le véritable enjeu du bras de fer.

Libreville promet une bataille juridique

Face aux demandes de Bosch Capital, le gouvernement gabonais affiche désormais une ligne claire : contester les prétentions du fonds et utiliser les moyens juridiques disponibles pour défendre les intérêts de l’État.

Cette affaire intervient dans un contexte où le Gabon cherche à renforcer la maîtrise de ses engagements financiers et à assainir ses relations contractuelles avec différents partenaires. Pour Libreville, reconnaître une créance dont le fondement est contesté pourrait créer un précédent financier et juridique important.

Le dossier pourrait donc connaître de nouveaux développements dans les prochaines semaines, notamment si Bosch Capital décide de poursuivre ses démarches devant les juridictions ou instances arbitrales compétentes.

Pour l’heure, le gouvernement gabonais maintient sa position : la créance réclamée n’est pas reconnue et sa légitimité demeure contestée. Le bras de fer entre le fonds sud-africain et l’État gabonais est ainsi loin d’être clos.

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