Gabon : les 1 000 jours d’Oligui Nguema, entre acquis et défis persistants

Trois ans après la chute d’Ali Bongo Ondimba et quinze mois après son accession électorale à la présidence, Brice Clotaire Oligui Nguema revendique un bilan marqué par le retour à l’ordre institutionnel, la relance de plusieurs chantiers économiques et une diplomatie plus active. Mais derrière ces avancées, le Gabon reste confronté à des difficultés majeures, notamment en matière d’endettement, d’accès à l’eau et à l’électricité et d’amélioration des conditions de vie.

Le 30 août 2023 restera comme l’une des dates les plus marquantes de l’histoire politique récente du Gabon. Au petit matin, un groupe d’officiers annonçait la fin du régime d’Ali Bongo Ondimba, quelques instants seulement après la proclamation de sa réélection. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), dirigé par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, prenait alors le contrôle du pays et mettait un terme à plus d’un demi-siècle de pouvoir de la famille Bongo.

Ce changement brutal de régime avait suscité autant d’espoir que d’interrogations. Après plusieurs années marquées par les contestations électorales, les difficultés économiques et les critiques sur la gouvernance, une partie de la population espérait une rupture profonde avec les pratiques du passé. La transition devait ainsi répondre à une double exigence : restaurer la confiance des Gabonais et remettre le pays sur une trajectoire de développement.

De la transition à la présidence élue

Brice Clotaire Oligui Nguema a progressivement transformé son statut de chef de la transition en celui de président élu. La période transitoire a été consacrée à la réorganisation des institutions, à la révision du cadre constitutionnel et à la préparation d’un nouveau cycle politique.

Son élection à la présidence de la République a permis au pouvoir de franchir une étape supplémentaire dans la recherche de légitimité institutionnelle. Pour le régime, cette séquence constitue l’un des principaux acquis des trois dernières années : le Gabon a évité une transition prolongée et a réinstallé des institutions issues d’un processus électoral.

Mais cette normalisation politique ne suffit pas à effacer toutes les interrogations. Le véritable défi consiste désormais à transformer les promesses de changement en résultats durables pour les populations.

Une économie remise en mouvement

Sur le terrain économique, le pouvoir d’Oligui Nguema a multiplié les annonces et les projets destinés à accélérer la transformation du pays. Les autorités cherchent notamment à renforcer la transformation locale des matières premières, à attirer davantage d’investissements et à développer les infrastructures.

Le secteur minier occupe une place centrale dans cette stratégie, tout comme les infrastructures ferroviaires, énergétiques et portuaires. Le gouvernement veut également réduire la dépendance du Gabon aux exportations de matières premières brutes en favorisant davantage de valeur ajoutée localement.

Cette politique commence à produire certains effets, notamment avec la multiplication des projets structurants et le regain d’intérêt des partenaires étrangers. La diplomatie économique s’est elle aussi intensifiée, avec des déplacements présidentiels et la conclusion de plusieurs accords de coopération.

Le Gabon tente ainsi de retrouver une place plus visible sur la scène internationale après une période de transition qui avait nécessairement limité ses marges diplomatiques.

Le poids grandissant de la dette

Cette dynamique a toutefois un coût. Pour financer ses ambitions et ses grands projets, l’État doit mobiliser d’importantes ressources financières. Le recours à l’endettement constitue dès lors un sujet de préoccupation.

La question n’est pas seulement celle du montant de la dette, mais surtout de la capacité du pays à assurer durablement son remboursement tout en continuant à financer les services publics et les investissements indispensables.

Le gouvernement devra donc trouver un équilibre entre accélération des investissements et maîtrise des équilibres budgétaires. Une politique de grands travaux ne pourra être durable que si elle s’accompagne d’une amélioration réelle des recettes publiques, de la productivité et de la capacité de l’économie à créer des emplois.

Eau et électricité, le défi qui résiste

Parmi les difficultés auxquelles le pouvoir reste confronté, l’accès à l’eau potable et à l’électricité figure en bonne place. Dans plusieurs quartiers de Libreville comme dans d’autres localités du pays, les coupures et les insuffisances du réseau continuent d’alimenter le mécontentement.

Cette situation contraste avec les ambitions affichées par les autorités en matière de développement. Pour les ménages et les entreprises, l’accès régulier à l’énergie et à l’eau n’est pas un indicateur secondaire : il conditionne directement la qualité de vie, l’activité économique et l’attractivité du pays.

Le règlement durable de cette crise apparaît donc comme l’un des principaux tests du quinquennat d’Oligui Nguema. Les investissements annoncés devront désormais se traduire par une amélioration perceptible dans le quotidien des populations.

Des attentes sociales toujours fortes

Au-delà des infrastructures, les Gabonais attendent également des réponses sur l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation et les inégalités sociales. La richesse tirée des ressources naturelles reste encore insuffisamment ressentie par une partie de la population.

Le nouveau pouvoir est ainsi confronté à une équation complexe : maintenir le rythme des investissements publics tout en améliorant les conditions de vie et en donnant davantage de perspectives à une jeunesse particulièrement nombreuse.

Trois ans après le basculement du 30 août 2023, le bilan d’Oligui Nguema apparaît donc contrasté. Le chef de l’État peut mettre en avant la fin de la transition, la consolidation du nouvel ordre institutionnel, la relance de plusieurs projets économiques et le retour du Gabon sur le devant de la scène diplomatique.

Mais ces acquis devront désormais être évalués à l’aune de résultats concrets. La maîtrise de la dette, la résolution des problèmes d’eau et d’électricité, la création d’emplois et l’amélioration du niveau de vie seront déterminantes pour juger de la portée réelle de la rupture annoncée en 2023.

À l’heure où le pouvoir entre dans une nouvelle phase, l’enjeu n’est donc plus seulement de tourner la page du régime Bongo. Il s’agit désormais de démontrer que le changement politique peut déboucher sur une transformation durable du quotidien des Gabonais.

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