
Le Gabon veut structurer son approche de l’intelligence artificielle. Depuis le 28 septembre à Libreville, les pouvoirs publics, le secteur privé, les universités et la société civile travaillent à l’élaboration d’une stratégie nationale destinée à faire du pays un acteur de l’IA, tout en veillant à la protection des données, à la formation et à la souveraineté numérique.
Le Gabon engage une nouvelle étape dans sa transformation numérique. Depuis le 28 septembre et jusqu’au 2 octobre 2026, Libreville accueille un atelier consacré à l’élaboration de la future stratégie nationale d’intelligence artificielle. L’initiative est portée conjointement par le ministère de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
La rencontre réunit plusieurs catégories d’acteurs appelés à contribuer à la définition de cette feuille de route : administrations publiques, entreprises privées, universités, institutions de formation, organisations de la société civile et représentants de la jeunesse. L’ambition est de parvenir à une vision qui tienne compte à la fois des opportunités offertes par l’IA et des contraintes propres au contexte gabonais.
Passer du statut d’utilisateur à celui d’acteur
La première journée des travaux a été consacrée à un diagnostic du paysage national de l’intelligence artificielle. Il s’agit notamment d’identifier les capacités existantes, les secteurs susceptibles de tirer profit de ces technologies, mais aussi les obstacles à leur développement.
À l’ouverture de l’atelier, la secrétaire générale du ministère de l’Économie numérique, Aline Minko Etoua, a insisté sur l’accélération du phénomène. « L’intelligence artificielle n’est plus un sujet lointain, mais bien un sujet d’actualité », a-t-elle souligné.
Pour la responsable, le débat ne porte désormais plus sur l’opportunité pour le Gabon d’investir ce domaine, mais sur les modalités de cette transition. « La question n’est pas de savoir si le Gabon doit faire de l’IA, mais à quelle vitesse passer de consommateur à acteur », a-t-elle déclaré.
Cette évolution suppose toutefois de répondre à plusieurs défis. La gouvernance des technologies, la protection des données personnelles, la formation des compétences, l’éthique et la souveraineté numérique figurent parmi les principaux chantiers identifiés. Le gouvernement entend ainsi éviter une approche uniquement technologique et intégrer les dimensions institutionnelles, économiques et sociales de l’IA.
Une IA tournée vers les besoins du pays
Le PNUD accompagne cette démarche en mettant l’accent sur une utilisation de l’intelligence artificielle orientée vers les besoins des populations. Pour Soahangy Mamisoa Rangers, représentante résidente adjointe du PNUD au Gabon, l’atelier constitue « le lancement d’un processus déterminant pour l’avenir du Gabon ».
L’organisation onusienne défend notamment une IA « au service de l’humain, inclusive et responsable ». Une orientation qui place la jeunesse au cœur de la future stratégie, celle-ci étant appelée à la fois à utiliser ces technologies et à participer à leur développement.
La démarche doit également permettre d’identifier les premiers cas d’usage susceptibles d’être développés au Gabon. Plusieurs secteurs sont concernés, notamment l’éducation, la santé, l’agriculture, l’administration publique et l’emploi.
Dans l’éducation, l’IA pourrait par exemple contribuer à la personnalisation des apprentissages et à l’amélioration des outils pédagogiques. Dans la santé ou l’agriculture, elle pourrait être mobilisée pour l’analyse de données et l’aide à la décision. Pour l’administration, l’enjeu pourrait notamment concerner l’automatisation de certaines procédures et l’amélioration des services destinés aux usagers.
Une stratégie encore à construire
Les cinq jours de travaux doivent permettre de passer du diagnostic à la définition d’une vision nationale, puis à l’identification des objectifs et des modalités de mise en œuvre. Le processus doit également préciser les conditions nécessaires au développement d’un écosystème local capable de produire et d’utiliser des solutions d’intelligence artificielle.
Pour le PNUD, les contributions des différentes parties prenantes doivent constituer la base des orientations qui seront retenues. « Vos contributions constitueront la matière première de nos orientations futures », a indiqué Soahangy Mamisoa Rangers.
Le chantier lancé à Libreville ne se limite donc pas à l’adoption d’un document stratégique. Il pose aussi la question de la capacité du Gabon à développer des compétences locales, à protéger ses données et à conserver une marge de décision sur les technologies qu’il déploiera.
À terme, la stratégie nationale devra ainsi chercher un équilibre entre innovation, développement économique, inclusion et maîtrise des enjeux de souveraineté numérique. Le processus engagé jusqu’au 2 octobre constitue la première étape d’un chantier appelé à définir la place que le Gabon souhaite occuper dans le développement et l’usage de l’intelligence artificielle.