Marché du carbone : le Gabon conclut un accord inédit de 6 millions de tonnes avec le groupe allemand Sefe

 Le Gabon franchit une nouvelle étape dans la valorisation économique de son patrimoine forestier. À Londres, l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (Agadev) a conclu avec Sefe, une entreprise énergétique détenue par l’État allemand, des accords portant sur la cession d’environ 6 millions de tonnes de crédits carbone souverains éligibles au mécanisme Corsia. Présentée comme une première sur le continent africain, cette opération devrait générer de nouvelles perspectives financières pour le pays, tout en renforçant son positionnement sur le marché international du carbone.

La préservation des forêts gabonaises s’affirme progressivement comme un levier de création de valeur économique. Le Gabon vient de franchir un cap important dans cette stratégie avec la signature, à Londres, d’accords de cession de crédits carbone souverains à Sefe, un groupe international spécialisé dans l’énergie et détenu par le gouvernement allemand.

Conclue par l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (Agadev), au nom de la République gabonaise, cette transaction porte sur un volume d’environ 6 millions de tonnes de CO2 sous forme de crédits carbone répondant aux critères d’éligibilité du dispositif Corsia. Les premières livraisons sont annoncées au plus tard pour le premier trimestre 2027.

Les unités concernées sont issues du standard ART-TREES, un référentiel international destiné à encadrer la certification et la comptabilisation des réductions d’émissions à l’échelle juridictionnelle. Elles viennent ainsi rémunérer les efforts déployés par le Gabon pour préserver son couvert forestier et limiter la déforestation.

Cette opération repose notamment sur le statut particulier du pays, classé parmi les États HFLD (High Forest, Low Deforestation), caractérisés par une importante couverture forestière et un faible niveau de déforestation. À travers ce mécanisme, le Gabon entend faire reconnaître financièrement les bénéfices climatiques générés par sa politique de conservation des forêts.

Pour l’Agadev, cette transaction marque une évolution importante dans la manière de considérer le patrimoine naturel national. Son administrateur-directeur général, Scyrielle P. Sende Etali, insiste toutefois sur une distinction fondamentale : il s’agit de vendre des unités de réduction des émissions, et non de céder des portions du territoire ou des ressources forestières. « Le Gabon vend des unités de réduction d’émissions, non des terres ni des forêts : la propriété et la gestion du patrimoine forestier restent au Gabon », a-t-elle précisé.

Au-delà de la dimension commerciale, les autorités gabonaises souhaitent faire de cette opération un instrument de reconnaissance internationale de leurs politiques environnementales. La valorisation des crédits carbone doit également permettre de transformer les efforts de conservation en ressources financières, avec l’ambition de faire bénéficier les populations et les communautés qui contribuent quotidiennement à la protection des écosystèmes.

La responsable de l’Agadev estime ainsi que les forêts du pays représentent désormais bien davantage qu’un patrimoine écologique de portée mondiale. Elles constituent également un actif économique susceptible d’attirer des investissements et de générer des revenus sur les marchés internationaux, à condition que les mécanismes de valorisation soient transparents et profitent prioritairement au Gabon.

Le choix de Sefe comme partenaire constitue, dans cette perspective, un signal important. La société allemande intervient sur des marchés où la traçabilité des actifs environnementaux et leur vérification indépendante occupent une place centrale. Son engagement dans cette transaction traduit, selon les parties, une reconnaissance de la crédibilité des résultats environnementaux présentés par le Gabon.

Pour Nathan Dixon, vice-président chargé des produits environnementaux au sein de Sefe, cet accord s’inscrit dans la stratégie du groupe visant à accompagner ses clients dans la réduction de leur empreinte carbone à travers des actifs bénéficiant d’une vérification indépendante. Il a également salué la confiance accordée par les autorités gabonaises à son entreprise pour cette opération présentée comme inédite en Afrique.

Par ailleurs, l’éligibilité des crédits au mécanisme Corsia constitue un enjeu stratégique. Ce dispositif de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) vise à encadrer la compensation des émissions de CO2 du transport aérien international. L’accès à ce marché ouvre donc au Gabon des perspectives de commercialisation auprès d’acteurs économiques soumis à des exigences spécifiques en matière de réduction et de compensation de leurs émissions.

Avec ces accords portant sur près de 6 millions de tonnes de CO2, le Gabon ambitionne ainsi de consolider sa place parmi les pays pionniers de la finance carbone en Afrique. Le véritable défi sera désormais de convertir cette reconnaissance internationale en retombées économiques concrètes, mesurables et équitablement réparties, tout en garantissant la préservation durable de ses forêts. Cette opération pourrait enfin ouvrir la voie à d’autres transactions souveraines et contribuer à renforcer la position du pays sur un marché mondial du carbone en pleine structuration.

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