
La capitale gabonaise a accueilli, du 18 au 20 octobre 2026, les activités marquant le 43e anniversaire de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Au terme de trois jours d’échanges, de réflexions et de célébrations, les participants ont mis en lumière les principaux obstacles à l’intégration régionale et les leviers susceptibles d’accélérer la transformation économique de la sous-région. La conférence-débat de clôture a notamment souligné la nécessité de passer d’une coopération essentiellement institutionnelle à une intégration concrète, bénéfique aux populations, aux territoires et aux économies.
Libreville a refermé, le 20 octobre 2026, trois journées consacrées à l’avenir de l’intégration en Afrique centrale. Organisées dans le cadre de la célébration du 43e anniversaire de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), les activités ont permis de mettre en débat les ambitions de l’organisation, les contraintes qui freinent son action et les perspectives d’une coopération régionale plus efficace.
Placée sous le thème général « 43 ans de la CEEAC : consolider l’intégration régionale pour une Afrique centrale intégrée, pacifique, prospère et solidaire », cette commémoration a constitué un cadre de réflexion sur les moyens de rapprocher davantage les États membres et de faire de l’intégration un véritable moteur de développement. Au-delà du bilan institutionnel, les discussions ont porté sur la nécessité de traduire les engagements communautaires en améliorations concrètes des conditions de vie des populations.
La cérémonie de lancement officiel s’est tenue le lundi 19 octobre, sous la présidence du vice-président du gouvernement gabonais, Hermann Immongault, représentant le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Les manifestations avaient débuté la veille par une marche organisée à l’occasion de cet anniversaire, avant de se poursuivre avec des rencontres et des échanges autour des enjeux majeurs de la coopération sous-régionale.
De la coopération entre États à une intégration au service des populations
Point d’orgue de cette commémoration, la conférence-débat de clôture a réuni plusieurs intervenants autour d’une interrogation centrale : « Quel avenir pour l’intégration régionale en Afrique centrale ? De la CEEAC des États à la CEEAC des peuples, des territoires et des économies ».
Modérés par le professeur Patrice Moudounga Mouity, les échanges ont permis d’examiner les conditions nécessaires à l’émergence d’un espace communautaire davantage tourné vers les besoins des citoyens. L’enjeu consiste notamment à dépasser une approche centrée sur les institutions pour favoriser une intégration qui facilite les échanges, stimule les activités économiques et renforce les liens entre les populations des différents pays membres.
Le professeur Marc-Louis Ropivia, intervenant sur les perspectives politiques de l’intégration africaine, a rappelé le rôle de la maturité des sociétés dans leur processus de développement. « Le développement, c’est le stade d’une société qui atteint sa maturité », a-t-il souligné. Cette réflexion a mis en évidence l’importance des dynamiques politiques, sociales et institutionnelles dans la construction d’un projet régional durable.
Les travaux ont également exploré plusieurs dimensions stratégiques de l’avenir de la CEEAC. Parmi les sujets abordés figuraient la vision de l’organisation à l’horizon 2050, les relations entre l’intégration sous-régionale et l’intégration continentale, les mécanismes de financement communautaire ainsi que les moyens de valoriser les ressources humaines et économiques de l’Afrique centrale.
Une attention particulière a par ailleurs été accordée aux générations futures, dont les perspectives dépendent en partie de la capacité des États à créer un environnement favorable à l’emploi, à l’innovation, à la mobilité et à la diversification des économies.
Libre circulation et infrastructures : des obstacles toujours prégnants
Si l’Afrique centrale dispose d’importantes ressources naturelles, humaines et économiques, leur transformation en richesses partagées demeure un défi. Les participants ont notamment mis en évidence les difficultés qui continuent de limiter la fluidité des échanges et la mise en place d’un véritable marché régional.
La libre circulation des personnes et des biens reste un enjeu majeur. Les formalités aux frontières, les barrières tarifaires et non tarifaires ainsi que les contraintes administratives peuvent compliquer les déplacements et renchérir les échanges commerciaux entre les pays membres. À ces difficultés s’ajoute l’insuffisance des infrastructures de transport, qui entrave la connexion entre les territoires et limite l’accès des entreprises aux marchés de la sous-région.
Le financement du processus d’intégration constitue un autre défi de taille. La réalisation des ambitions communautaires suppose en effet des ressources financières suffisantes, mais aussi des mécanismes de mobilisation et de gestion capables de soutenir durablement les programmes communs.
Dans ce contexte, l’amélioration des réseaux de transport, la simplification des procédures frontalières et le renforcement des échanges économiques apparaissent comme des leviers essentiels pour rapprocher les économies nationales. Une intégration plus opérationnelle pourrait également offrir aux entreprises un marché élargi, favoriser la circulation des compétences et soutenir la création d’activités génératrices de revenus.
Les « Recommandations de Libreville » attendues pour prolonger les engagements
Au terme des débats, l’ambition affichée était de faire émerger des propositions concrètes à destination des instances dirigeantes de la CEEAC, des gouvernements et des acteurs économiques. Les conclusions des échanges devaient être rassemblées dans un document intitulé « Recommandations de Libreville ».
Ce document est appelé à servir de cadre de référence pour les suites à donner aux réflexions menées durant les trois journées de célébration. Il devra notamment permettre de dégager des pistes d’action face aux difficultés liées à la mobilité régionale, aux obstacles commerciaux, au déficit d’infrastructures et au financement des politiques communautaires.
L’intérêt de cette démarche réside dans sa capacité à rapprocher les orientations stratégiques des réalités du terrain. Pour produire des effets durables, les recommandations devront pouvoir se traduire en mesures applicables, assorties de responsabilités clairement définies et d’un suivi permettant d’en apprécier les résultats.
Créée le 18 octobre 1983 par le Traité de Libreville, la CEEAC poursuit l’objectif de promouvoir la coopération et l’intégration entre les États d’Afrique centrale. Quarante-trois ans après sa création, l’organisation se trouve ainsi confrontée à un enjeu déterminant : donner une portée plus tangible aux engagements communautaires et faire en sorte que les populations bénéficient davantage des opportunités offertes par la proximité géographique, les ressources naturelles et les complémentarités économiques de la sous-région.
La clôture de cette commémoration à Libreville relance donc le débat sur l’avenir du projet communautaire. Au-delà des rencontres institutionnelles et des déclarations d’intention, le défi consiste désormais à transformer les réflexions en actions coordonnées, capables de renforcer les échanges, de soutenir la croissance et de consolider la solidarité entre les peuples d’Afrique centrale. C’est dans la mise en œuvre effective de ces engagements que se jouera une part importante de la crédibilité et de l’avenir de l’intégration régionale.