Filière avicole : le Gabon mise sur 3 millions de poussins pour réduire sa dépendance aux importations

 Le Gabon veut accélérer la production locale de poulet de chair et préparer un tournant majeur dans sa politique d’approvisionnement. À travers le Plan opérationnel d’urgence de la filière avicole (Poufa), le gouvernement engage une montée en puissance progressive des élevages nationaux, avec un objectif à terme de 3 millions de poussins d’un jour. Une stratégie destinée à renforcer les capacités des producteurs et à préparer l’arrêt des importations de poulets de chair annoncé pour le 1er janvier 2027.

Le gouvernement gabonais donne un nouvel élan à sa politique de développement de la filière avicole. Le 6 août à Libreville, le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural et la Centrale d’achat du Gabon (CEAG) ont formalisé un cahier des charges destiné à encadrer la mise en œuvre du Plan opérationnel d’urgence de la filière avicole.

L’accord, signé par Jean-Jack Mouyabi, directeur général de l’Élevage, au nom du ministère, et Théophile Boutamba, directeur général de la CEAG, marque le lancement opérationnel d’un dispositif destiné à sécuriser l’accès des éleveurs aux principaux intrants nécessaires à la production.

Derrière cette démarche se trouve un objectif clairement affiché : permettre aux exploitations gabonaises d’augmenter leurs capacités afin de répondre progressivement à la demande nationale et de préparer le pays à une réduction, puis à l’arrêt des importations de poulets de chair à compter du 1er janvier 2027.

150 exploitations au cœur de la première phase

La première étape du Poufa cible 150 fermes avicoles retenues dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt. Ces exploitations doivent constituer le premier maillon d’une stratégie visant à faire émerger une offre nationale plus régulière et mieux structurée.

Pour cette phase initiale, le programme prévoit la mobilisation de 562 400 poussins d’un jour, accompagnés de 2 350 tonnes de provendes et de produits vétérinaires. Les premiers arrivages sont annoncés entre la fin septembre et le début octobre 2026, avant leur acheminement vers les différentes exploitations bénéficiaires.

L’enjeu dépasse toutefois la simple fourniture de poussins. En garantissant simultanément l’accès à l’alimentation animale et aux produits nécessaires au suivi sanitaire des élevages, le gouvernement cherche à agir sur les principaux facteurs qui conditionnent la productivité et la régularité de la production avicole.

La CEAG appelée à sécuriser toute la chaîne d’approvisionnement

La réussite du dispositif repose également sur la maîtrise de la chaîne logistique. La CEAG aura ainsi la responsabilité de coordonner les différentes étapes, depuis l’identification et la qualification des fournisseurs jusqu’à la commande, l’importation, le stockage et la distribution des intrants.

Cette organisation doit permettre d’améliorer la disponibilité des produits tout en assurant davantage de traçabilité dans leur acheminement vers les producteurs. Pour les éleveurs, l’objectif est de disposer d’un approvisionnement plus prévisible, condition essentielle pour planifier les cycles de production et limiter les ruptures susceptibles de fragiliser les exploitations.

Pour le ministre Pacôme Kossy, cette étape doit permettre aux producteurs de franchir un cap et de participer davantage à l’objectif national de souveraineté alimentaire. La logique retenue consiste donc à donner aux acteurs de la filière les moyens matériels d’augmenter progressivement leurs volumes.

Trois millions de poussins en ligne de mire

La première phase du programme ne constitue qu’un point de départ. À terme, le gouvernement ambitionne de mobiliser 3 millions de poussins d’un jour, ainsi que 14 000 tonnes de provendes, auxquels s’ajouteront les produits vétérinaires nécessaires à l’accompagnement des 150 fermes retenues.

Le passage de quelques centaines de milliers de poussins à plusieurs millions traduit l’ambition de changer véritablement d’échelle. Pour le Gabon, il s’agit désormais de construire une filière capable de produire davantage, mais surtout de produire de manière régulière, organisée et compétitive.

Cette montée en puissance implique également de consolider l’ensemble de la chaîne de valeur : élevage, alimentation animale, suivi sanitaire, logistique, transformation et commercialisation. Car augmenter le nombre de volailles produites ne suffira pas à garantir la réussite de la stratégie si les autres maillons de la filière ne suivent pas.

Vers une souveraineté avicole

Avec le Poufa, le Gabon entend ainsi transformer la question de l’approvisionnement en poulet de chair en véritable enjeu de politique agricole. La réduction de la dépendance aux importations passe désormais par la capacité des producteurs nationaux à répondre à une part croissante de la consommation.

Le calendrier donne une dimension particulière à cette stratégie. L’échéance du 1er janvier 2027, correspondant à l’arrêt annoncé des importations de poulets de chair, impose en effet une accélération de la production locale et une meilleure anticipation des besoins du marché.

La mobilisation des intrants constitue donc une première réponse. Le véritable défi sera de maintenir cette dynamique dans la durée, d’accompagner les éleveurs, d’améliorer leur productivité et de garantir aux consommateurs une offre locale suffisante et accessible.

En visant 3 millions de poussins, le gouvernement gabonais affiche ainsi une ambition qui dépasse la seule augmentation des volumes. Il s’agit de poser les bases d’une filière avicole plus autonome, capable de créer de l’activité, de soutenir les producteurs nationaux et de contribuer durablement à la souveraineté alimentaire du pays.

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