
Le Gabon veut donner un nouvel élan à sa politique d’alphabétisation. À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, célébrée au Mexique, la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, a annoncé la création de 67 nouvelles structures à travers le pays. Le gouvernement entend ainsi renforcer l’accès aux savoirs fondamentaux, valoriser les langues nationales et moderniser l’éducation non formelle.
Le gouvernement gabonais veut passer à une nouvelle étape dans la lutte contre l’analphabétisme. À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, a présenté depuis le Mexique les principales orientations retenues pour renforcer l’éducation non formelle sur l’ensemble du territoire.
La mesure la plus visible concerne l’extension des infrastructures dédiées à l’alphabétisation. Le Gabon prévoit la construction de 19 nouveaux centres publics d’alphabétisation. Ces établissements viendront compléter les 10 structures actuellement opérationnelles, avec l’ambition d’élargir significativement les capacités d’accueil des personnes qui n’ont pas eu accès à l’éducation de base ou qui souhaitent reprendre leur parcours scolaire.
Mais l’exécutif entend surtout développer un dispositif de proximité capable de toucher les populations jusque dans les différents départements du pays. À ces 19 centres s’ajoutera un réseau de 48 Centres d’éducation communautaire intégrés, à raison d’un établissement dans chacun des départements du Gabon.
Le gouvernement présente ces structures comme de véritables espaces polyvalents. Leur vocation ne se limitera pas à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture ou du calcul. Elles devraient également servir de lieux de transmission des savoirs locaux, de valorisation du patrimoine culturel et d’apprentissage tout au long de la vie.
Les langues nationales remises au cœur du dispositif
Avec ce maillage territorial, l’objectif est de rapprocher l’offre éducative des populations, notamment dans les zones où l’accès aux structures classiques demeure plus difficile. Cette approche traduit également une volonté de faire de l’alphabétisation un outil plus large d’inclusion sociale. La maîtrise des compétences fondamentales doit permettre aux bénéficiaires de mieux accéder à l’information, aux services publics, à l’emploi et aux opportunités économiques.
Autre chantier annoncé : le renforcement de l’alphabétisation en langues nationales. Le gouvernement entend redonner une place importante à ces langues dans les programmes d’éducation non formelle. Cette orientation répond à un double objectif : faciliter l’apprentissage pour les adultes et préserver un patrimoine linguistique et culturel considéré comme une composante de l’identité nationale.
La réforme s’inscrit par ailleurs dans un cadre juridique déjà renforcé. La ministre a rappelé que, depuis 2023, un dispositif légal encadre l’alphabétisation et l’éducation non formelle sur l’ensemble du territoire. L’enjeu est désormais de traduire ce cadre réglementaire en dispositifs opérationnels, suffisamment structurés pour assurer une offre régulière et accessible.
Éviter une rupture après le primaire
Le gouvernement prévoit également un accompagnement spécifique pour les apprenants adultes qui parviennent à franchir une première étape de leur parcours éducatif. Une attention particulière sera notamment accordée aux personnes admises en classe de sixième après l’obtention du Certificat d’études primaires (CEP). L’objectif est d’éviter que les efforts consentis dans le cadre de l’alphabétisation ne débouchent sur une nouvelle rupture scolaire.
Cette continuité entre alphabétisation, enseignement primaire et secondaire constitue l’un des enjeux majeurs de la réforme. Elle doit permettre aux adultes engagés dans un parcours de formation de consolider leurs acquis et, pour certains, d’accéder progressivement à de nouvelles qualifications.
Numérique et culture de la paix au programme
La future politique nationale d’alphabétisation devrait également intégrer de nouveaux contenus adaptés aux transformations de la société. Parmi les axes annoncés figurent notamment l’éducation à la culture de la paix et la digitalisation des programmes, avec l’ambition de rendre l’éducation non formelle plus inclusive et mieux adaptée aux exigences contemporaines.
L’introduction du numérique pourrait notamment contribuer à diversifier les méthodes d’apprentissage et à faciliter l’accès aux contenus éducatifs, à condition que les infrastructures et l’accompagnement nécessaires suivent.
Le gouvernement veut ainsi faire évoluer l’alphabétisation d’un dispositif essentiellement centré sur l’acquisition des savoirs fondamentaux vers une politique plus globale d’inclusion, de citoyenneté et d’autonomisation.
Un enjeu qui dépasse la seule question scolaire
Derrière l’annonce de ces 67 nouvelles structures se joue donc une ambition plus large : réduire les inégalités d’accès au savoir et permettre à davantage de Gabonais de participer pleinement à la vie économique, sociale et citoyenne.
Pour les autorités, l’alphabétisation ne constitue plus seulement une réponse à un déficit scolaire. Elle est présentée comme un instrument de souveraineté, d’émancipation et de développement humain.
La réussite de cette nouvelle stratégie dépendra toutefois de sa mise en œuvre effective : construction des centres, disponibilité des enseignants et formateurs, production de contenus adaptés aux langues nationales, financement durable et capacité à maintenir les apprenants dans la durée.
Avec 19 nouveaux centres publics et 48 centres communautaires intégrés annoncés, le Gabon veut désormais changer d’échelle. Reste à transformer cette ambition en un réseau opérationnel capable de toucher durablement les populations les plus éloignées des dispositifs éducatifs classiques.