
Réuni le 8 octobre 2026 à Libreville, sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, le Conseil des ministres a examiné plusieurs dossiers majeurs touchant au quotidien des populations et à la gestion des finances publiques. De la sécurisation de l’approvisionnement en carburant à la prise en charge de la détresse psychologique des élèves, en passant par la réforme des conventions économiques et le renforcement de l’offre énergétique, les décisions annoncées traduisent la volonté de l’exécutif d’apporter des réponses aux difficultés immédiates tout en préparant des changements structurels.
Des mesures attendues face aux tensions sur les carburants
La question des hydrocarbures s’est imposée parmi les principaux sujets abordés lors de cette réunion gouvernementale. Après les perturbations enregistrées dans la distribution des carburants, les autorités font état d’une reprise progressive des livraisons, avec des navires déjà à quai et un retour progressif des produits dans les stations-service. Le gouvernement reste néanmoins appelé à surveiller la situation afin de garantir un approvisionnement régulier sur l’ensemble du territoire national.
Au-delà de la résolution de cette crise, l’exécutif entend renforcer durablement les capacités nationales de production et de stockage. Le président de la République a ainsi demandé l’élaboration d’un programme consacré à la modernisation de la Société gabonaise de raffinage (Sogara), au renforcement des stocks de sécurité et à l’étude de faisabilité d’une nouvelle raffinerie. Ces projets devront être accompagnés d’un calendrier précis et d’un plan de financement permettant d’en apprécier les conditions de réalisation.
La question du prix à la pompe constitue un autre enjeu de taille. Pour le seul mois de septembre, le mécanisme de stabilisation des prix des carburants aurait représenté une dépense de 30 milliards de FCFA. Une facture qui pousse désormais les autorités à rechercher des solutions pour réduire progressivement le poids de cette politique sur les finances publiques, voire à en supprimer le coût à terme. Pour autant, aucune augmentation des prix à la pompe n’a été annoncée à l’issue du Conseil.
Électricité : des équipements supplémentaires pour renforcer l’offre
Le secteur de l’électricité figure également parmi les priorités affichées. Neuf turbines, totalisant une capacité de production de 255 mégawatts, ont été livrées dans le cadre du renforcement des infrastructures énergétiques du pays.
La mise en service des équipements destinés à Akournam et à Port-Gentil est prévue à la mi-novembre. À Kinguélé Aval, les trois turbines devraient être progressivement opérationnelles entre octobre et décembre, sous réserve de leur raccordement au réseau électrique. Deux autorisations restent toutefois nécessaires avant l’exploitation de cet ouvrage.
Ces investissements doivent contribuer à améliorer les capacités de production et à répondre aux besoins croissants en électricité. Leur efficacité dépendra néanmoins du respect des échéances annoncées et de la capacité du réseau à intégrer les nouvelles installations.
Conventions économiques : vers un examen des engagements de l’État
Sur le terrain économique, le gouvernement a donné son accord à la mise en place d’une commission chargée de passer au crible les conventions conclues par l’État. Cette structure aura pour mission d’en dresser l’inventaire, d’en réaliser l’audit et de proposer, lorsque cela s’avère nécessaire, une renégociation des accords concernés.
À travers cette démarche, les autorités souhaitent améliorer les bénéfices économiques et financiers que le pays tire de ses engagements contractuels, tout en veillant au respect des obligations internationales du Gabon. L’enjeu est notamment de mieux apprécier les retombées nationales de ces conventions et de s’assurer qu’elles répondent aux intérêts économiques du pays.
Dans le même registre, l’instauration d’une taxe sur le torchage du gaz a été annoncée. Les modalités précises de cette mesure, notamment son taux et ses conditions d’application, restent toutefois à déterminer. Cette orientation pourrait s’inscrire dans une volonté de mieux encadrer l’exploitation des ressources naturelles et d’accroître les recettes publiques.
Santé mentale des élèves : des chiffres qui interpellent
Les préoccupations sociales ont occupé une place importante dans les échanges. Les résultats d’une enquête menée en milieu scolaire mettent en évidence une situation préoccupante : 22,7 % des élèves interrogés déclarent avoir sérieusement envisagé le suicide, tandis que 29,5 % font face à une situation d’insécurité alimentaire au sein de leur foyer.
Ces données soulignent l’ampleur des difficultés psychologiques et sociales auxquelles une partie de la jeunesse est confrontée. Elles posent également la question de l’accompagnement des élèves, de la prévention des risques psychosociaux et de la capacité des structures éducatives et sanitaires à identifier les situations de détresse.
Face à ces constats, le Conseil des ministres a accepté l’intégration du programme « École ZEN » dans la programmation budgétaire couvrant la période 2026-2030. Cette inscription ouvre la voie à une prise en compte plus durable des besoins de santé mentale en milieu scolaire, même si les résultats dépendront des moyens effectivement mobilisés et de la mise en œuvre du dispositif.
Parallèlement, un plan d’urgence de six mois est prévu pour le Centre national de santé mentale. Son coût provisoire est évalué à 1,605 milliard de FCFA. Cette intervention vise à répondre aux besoins immédiats de la structure, dans un contexte où le renforcement de la prise en charge psychologique et psychiatrique constitue un enjeu de santé publique.
L’accès aux soins spécialisés dans les régions de l’intérieur du pays fait également l’objet de nouvelles orientations. Les médecins spécialistes exerçant dans le secteur public devront effectuer des missions annuelles d’une durée comprise entre quinze jours et un mois hors des principaux centres urbains. L’objectif est de rapprocher les compétences médicales des populations éloignées des grandes structures hospitalières et de réduire les inégalités territoriales en matière de soins.
Indemnisation des victimes et encadrement de la publicité
Deux projets de loi ont par ailleurs été examinés, l’un portant sur l’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation, l’autre sur la réglementation de la publicité, notamment dans l’environnement numérique.
Le premier dossier renvoie à la nécessité de mieux organiser la réparation des préjudices subis par les victimes d’accidents routiers. Le second vise à adapter les règles applicables aux nouvelles pratiques publicitaires, dans un contexte marqué par l’essor des plateformes numériques et la multiplication des canaux de diffusion.
Ces textes devront suivre leur parcours législatif avant toute entrée en vigueur. Leur portée concrète dépendra donc des dispositions finalement adoptées et des mécanismes retenus pour garantir leur application.
Secteur agricole : la SAEG placée sous administration provisoire
Dans le domaine agricole, la situation institutionnelle de la Société d’aménagement et d’exploitation des terres agricoles du Gabon (SAEG) a également été abordée. L’entreprise est placée sous administration provisoire après que les ordonnances prévoyant sa transformation et son remplacement par AGROPAG sont devenues caduques, faute de ratification.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par des difficultés financières et des arriérés de salaires concernant les deux structures. Le gouvernement demande, en urgence, le règlement d’un premier tiers des sommes dues aux employés. La priorité est donc de répondre aux attentes des travailleurs tout en clarifiant la situation administrative et organisationnelle du dispositif public chargé du développement agricole.
Bons de caisse de La Poste : une échéance fixée au 30 octobre
Enfin, le Conseil des ministres a rappelé aux épargnants concernés par les bons de caisse de La Poste que 2 007 titres restent disponibles pour retrait. Les bénéficiaires disposent jusqu’au 30 octobre 2026 pour accomplir les démarches nécessaires. À l’expiration de ce délai, les bons qui n’auront pas été retirés seront retournés au Trésor public. Les personnes concernées sont ainsi invitées à vérifier leur situation et à effectuer les formalités requises avant la date limite
Au terme de cette réunion, les dossiers examinés dessinent plusieurs lignes d’action pour le gouvernement gabonais : sécuriser l’approvisionnement énergétique, maîtriser le coût des subventions, améliorer les retombées des contrats économiques et renforcer la réponse publique aux difficultés sanitaires et sociales.
Toutefois, au-delà des orientations annoncées, c’est leur traduction concrète qui sera déterminante. Les calendriers de réalisation, les financements mobilisés et les mécanismes de suivi permettront de mesurer la capacité de l’exécutif à transformer ces engagements en résultats tangibles pour les ménages, les entreprises et les finances publiques.