
Cinq mois après la suspension des principaux réseaux sociaux au Gabon, plusieurs organisations de la société civile tirent la sonnette d’alarme face à la recrudescence des piratages de comptes WhatsApp et Facebook. Réunies à Libreville, elles estiment que le recours massif aux VPN pour contourner les restrictions favorise ces cyberattaques et demandent la levée de cette mesure.
La suspension des réseaux sociaux au Gabon continue de susciter de vives inquiétudes. Alors que cette mesure est en vigueur depuis plusieurs mois, des organisations de la société civile dénoncent désormais une autre conséquence qu’elles jugent préoccupante : la hausse des piratages de comptes sur les plateformes numériques les plus utilisées par les Gabonais.
Réunis en conférence de presse à Libreville, des représentants de cinq associations et organisations non gouvernementales ont fait état d’une multiplication des cas de détournement de comptes WhatsApp et Facebook. Selon eux, cette situation fragilise aussi bien les particuliers que les responsables d’entreprises, les acteurs politiques, les journalistes et les membres de l’administration.
Parmi les témoignages présentés figure celui de Piter Manfoumbi, collaborateur d’une haute personnalité du pays. Victime d’un piratage récent, il affirme avoir perdu le contrôle de son compte WhatsApp ainsi que d’un groupe dont il assurait l’administration. Selon son récit, l’auteur du piratage s’est servi de son identité numérique pour envoyer des messages à ses contacts, allant jusqu’à proférer des menaces à l’encontre de certains membres du groupe.
Pour le collectif, cette recrudescence des actes de cybercriminalité serait liée à l’utilisation massive des réseaux privés virtuels (VPN), devenus indispensables pour accéder aux réseaux sociaux bloqués sur le territoire national. Les responsables des associations estiment que certains utilisateurs se connectent via des services insuffisamment sécurisés, ce qui pourrait exposer davantage leurs données personnelles aux cybercriminels.
Le porte-parole du collectif affirme également que plusieurs tentatives de piratage proviendraient de numéros étrangers, ce qui compliquerait l’identification des auteurs et les enquêtes. Face à cette situation, les organisations appellent les autorités compétentes à renforcer les dispositifs de cybersécurité et à sensibiliser davantage les citoyens aux bonnes pratiques permettant de protéger leurs comptes numériques.
Sur le plan juridique, le collectif indique avoir engagé plusieurs recours afin de contester la suspension des réseaux sociaux. Après des démarches auprès de différentes juridictions, qui se sont déclarées incompétentes pour connaître du dossier, les requérants disent désormais attendre la décision du Conseil d’État, considéré comme leur dernier recours sur le plan administratif.
Au-delà de la question de la cybersécurité, ces organisations estiment que le maintien de la suspension des réseaux sociaux continue d’avoir des répercussions importantes sur la vie quotidienne des populations, les activités économiques, les échanges professionnels et l’accès à l’information. Elles appellent ainsi les autorités à rétablir l’accès normal aux plateformes numériques tout en renforçant les mécanismes de lutte contre la cybercriminalité.
Pour ces acteurs de la société civile, la protection des citoyens dans l’espace numérique passe autant par une meilleure sécurisation des outils de communication que par un accès libre et sécurisé aux réseaux sociaux, devenus incontournables dans les échanges personnels, professionnels et institutionnels.