
Financé par Gunvor à travers un prêt adossé à de futures livraisons de pétrole, le rachat d’Assala Energy par la Gabon Oil Company (GOC) avait suscité des interrogations sur les risques financiers de l’opération. Près de deux ans après son bouclage, la hausse de la production et l’expansion du portefeuille de la compagnie nationale constituent des signaux favorables. Mais il reste encore à démontrer que cette acquisition permettra durablement au Gabon de couvrir ses engagements financiers tout en générant une valeur suffisante pour l’État.
Lorsque le Gabon a décidé de reprendre Assala Energy en 2024, l’opération était loin de faire l’unanimité parmi les observateurs du secteur pétrolier. L’acquisition d’un producteur indépendant de cette envergure représentait un engagement financier important pour la Gabon Oil Company, alors que les revenus pétroliers restent soumis aux fluctuations des cours internationaux.
Le montage retenu ajoutait une difficulté supplémentaire. Le financement obtenu auprès du négociant Gunvor repose sur un mécanisme lié aux futures livraisons de pétrole. Autrement dit, une partie des recettes issues de la production doit contribuer à honorer les engagements contractés pour financer l’acquisition.
Ce type de financement n’est pas inédit dans l’industrie pétrolière africaine. Mais les expériences du Congo et du Tchad, qui avaient eu recours à des mécanismes similaires auprès de maisons de négoce internationales avant de rencontrer des difficultés dans un contexte de baisse des cours, avaient alimenté la prudence autour du dossier gabonais.
Des premiers indicateurs encourageants
Depuis la reprise des actifs d’Assala, la Gabon Oil Company affiche néanmoins une évolution qui tend à conforter le choix effectué par les autorités. La progression de la production constitue le principal élément à retenir. En récupérant les actifs du producteur indépendant, la compagnie nationale a considérablement renforcé sa présence dans l’amont pétrolier gabonais.
Cette capacité supplémentaire permet potentiellement d’accroître les volumes commercialisés et, par conséquent, les recettes susceptibles de contribuer au remboursement du financement de l’acquisition.
Il serait toutefois prématuré d’en déduire que l’opération est définitivement rentable. Dans l’industrie pétrolière, une augmentation de la production doit être appréciée en tenant compte des coûts d’exploitation, des investissements nécessaires au maintien des capacités, de la fiscalité, du niveau des prix du brut et du service de la dette.
La GOC poursuit son expansion
L’évolution du portefeuille de la Gabon Oil Company constitue un autre indicateur de la nouvelle dimension prise par l’entreprise publique. Après Assala, la GOC continue de chercher à renforcer sa présence dans le secteur pétrolier. Cette stratégie traduit la volonté des autorités gabonaises de disposer d’un acteur national davantage impliqué dans l’exploitation et la valorisation des ressources du pays. Le véritable enjeu sera toutefois de déterminer si cette expansion permet à la compagnie de renforcer durablement ses capacités financières et opérationnelles, plutôt que d’accroître simplement son volume d’actifs.
Le risque financier n’a pas disparu. L’amélioration des volumes de production ne fait pas disparaître les risques associés au montage financier de l’acquisition. Le remboursement d’un prêt adossé à des livraisons futures dépend en partie de la capacité de la GOC à maintenir ses niveaux de production et à générer les recettes attendues. Une dégradation des cours du pétrole, une baisse des performances des champs ou une hausse des dépenses d’investissement pourrait modifier l’équilibre économique de l’opération.
La question de la rentabilité nette des actifs repris demeure donc centrale. Pour apprécier pleinement le bilan d’Assala, il faudra notamment disposer d’une visibilité suffisante sur les revenus générés, les charges supportées par la GOC et le rythme de remboursement du financement.
Un pari qui doit encore faire ses preuves. Le rachat d’Assala Energy peut aujourd’hui être considéré comme une opération qui présente des premiers résultats favorables, notamment au regard de la progression de la production et du renforcement du poids de la GOC dans le secteur pétrolier gabonais.
Mais parler de réussite définitive serait encore prématuré. L’opération doit désormais démontrer sa capacité à générer suffisamment de valeur pour couvrir ses engagements financiers, financer les investissements nécessaires et contribuer durablement aux recettes publiques.
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse donc la seule augmentation des volumes produits. Il s’agit de savoir si la reprise d’Assala peut effectivement devenir un levier durable de souveraineté économique et de création de valeur. La trajectoire actuelle apporte des raisons de suivre le dossier avec attention, mais le véritable bilan se dessinera sur la durée, à mesure que la GOC consolidera ses résultats et que les conditions du marché pétrolier évolueront.