Gabon : Pizolub veut relancer la production locale de lubrifiants face à un marché dominé par les importations

Longtemps marginalisée par les importations, la production locale de lubrifiants pourrait retrouver une place centrale sur le marché gabonais. À Port-Gentil, Pizolub S.A. entend tirer parti du nouveau cadre réglementaire pour accroître ses volumes et nouer des partenariats avec des marques internationales. Sur un marché formel estimé à 18 000 tonnes par an, l’entreprise ne fournit actuellement qu’une faible part de la demande. La re-certification de son usine, attendue d’ici fin 2026, doit désormais ouvrir la voie à une nouvelle phase industrielle.

Un marché encore largement dépendant des importations

Le secteur gabonais des lubrifiants présente un important potentiel de substitution aux importations. Sur les quelque 18 000 tonnes correspondant au marché formel en 2023, environ 17 000 tonnes provenaient de l’étranger, contre seulement 1 000 tonnes formulées localement par Pizolub.

La production nationale représente ainsi environ 6 % du marché formel, laissant l’essentiel de l’activité aux produits importés. En intégrant les circuits informels, la consommation réelle du pays serait même comprise entre 30 000 et 50 000 tonnes par an.

Ces chiffres illustrent l’espace disponible pour une montée en puissance de la production locale. Ils mettent également en évidence l’enjeu industriel pour le Gabon : réduire progressivement la dépendance extérieure tout en développant une filière capable de répondre aux besoins des secteurs automobile, industriel, minier, pétrolier et énergétique.

Un nouveau cadre réglementaire comme levier

La dynamique pourrait s’accélérer avec l’entrée en vigueur de l’arrêté ministériel n°000036/MP du 26 mars 2025. Le texte réoriente les conditions d’approvisionnement du marché et renforce la place accordée à la formulation et au contrôle locaux.

Pour Pizolub, cette évolution réglementaire constitue une opportunité de repositionnement. L’entreprise, installée à Port-Gentil depuis 1978, dispose déjà d’une infrastructure industrielle et d’un savoir-faire dans la formulation des lubrifiants. L’objectif est désormais de faire de cet outil un point d’appui pour les marques souhaitant accéder au marché gabonais dans le nouveau cadre réglementaire.

Cette orientation pourrait également favoriser une évolution du modèle économique du secteur. Plutôt que d’importer systématiquement des produits finis, certaines marques pourraient faire appel à une capacité de production implantée au Gabon, avec à la clé davantage de valeur ajoutée générée localement.

Les marques internationales commencent à s’intéresser à Port-Gentil

Depuis mai 2026, Pizolub a intensifié ses discussions avec plusieurs propriétaires de marques internationales. Huit enseignes auraient déjà effectué des visites sur le site industriel de Port-Gentil.

Parmi les groupes cités figurent Repsol, Fuchs, Cofran, My Lubricants, Champion, Minerva Oil et Yacco. Ces échanges portent sur différentes modalités de présence et de production sur le marché gabonais.

Trois schémas sont notamment envisagés : la fabrication à façon sous licence, la production sous marque propre et l’importation dans un cadre réglementé. Cette diversité de modèles permettrait à Pizolub de s’adapter aux stratégies commerciales et industrielles de ses éventuels partenaires.

Les visiteurs auraient également porté une attention particulière aux capacités techniques du site, notamment au laboratoire d’analyse et aux compétences des équipes. Ces éléments sont déterminants dans une industrie où la conformité des produits et la maîtrise des spécifications techniques conditionnent directement l’accès aux marchés et la confiance des distributeurs et utilisateurs.

La re-certification, étape décisive

La prochaine échéance se situe désormais au niveau de l’outil industriel. Pizolub a engagé un processus de re-certification de son usine, dont l’aboutissement est prévu d’ici décembre 2026.

Cette étape doit permettre à l’entreprise de consolider les conditions nécessaires à la signature d’accords de fabrication ou de licence avec les marques intéressées. Elle constitue donc un préalable important à la concrétisation des discussions engagées ces derniers mois.

L’enjeu est désormais de passer des visites et des négociations exploratoires à des contrats industriels effectivement opérationnels. Pour Pizolub, la réussite de cette phase permettrait d’augmenter progressivement les volumes produits localement et de renforcer sa position sur le marché national.

Au-delà des lubrifiants, un enjeu de souveraineté industrielle

La relance de Pizolub dépasse la seule question commerciale. Elle s’inscrit dans une logique plus large de substitution aux importations et de développement de la production locale.

Une augmentation de la formulation sur place pourrait contribuer à réduire les sorties de devises liées à l’importation de produits finis, tout en créant davantage d’activité autour de l’industrie, du contrôle qualité, de la logistique et de la distribution.

Le développement de cette filière pourrait également permettre au Gabon de mieux maîtriser la qualité des lubrifiants commercialisés sur son territoire. La présence d’un outil industriel et d’un laboratoire local offre en effet des possibilités accrues de contrôle et de suivi des produits.

Mais la réussite de cette stratégie dépendra aussi de l’application effective du nouveau dispositif réglementaire. L’attractivité de la production locale reposera notamment sur la capacité à garantir un cadre clair, prévisible et effectivement appliqué à l’ensemble des opérateurs.

Transformer l’opportunité en capacité industrielle durable

Avec un marché formel de 18 000 tonnes et une consommation potentielle nettement supérieure en intégrant les circuits informels, le Gabon dispose d’un réservoir de demande important. La faiblesse actuelle de la production locale laisse également une marge significative pour gagner des parts de marché.

Pour Pizolub, l’enjeu des prochains mois sera donc double : achever la re-certification de l’usine et convertir l’intérêt des marques internationales en partenariats industriels concrets.

Si cette dynamique se confirme, Port-Gentil pourrait progressivement retrouver un rôle plus important dans l’approvisionnement du marché gabonais des lubrifiants. L’objectif ne serait plus seulement de produire davantage, mais de faire émerger autour de cette activité une véritable chaîne de valeur locale, capable de soutenir l’industrialisation du Gabon et de réduire, à terme, sa dépendance aux produits importés.

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