
Révoqué du corps de la magistrature à l’issue du conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), Eddy Narcisse Minang n’a pas encore épuisé toutes les voies de recours. L’ancien procureur général dispose d’un délai de 15 jours pour saisir le Conseil d’État. Une procédure qui pourrait donner une nouvelle dimension à une affaire qui secoue la justice gabonaise.
La révocation d’Eddy Narcisse Minang n’est, à ce stade, pas définitivement acquise. Sanctionné à l’issue du conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature, réuni mardi 25 août, l’ancien procureur général dispose de quinze jours pour contester la décision devant le Conseil d’État, selon une source judiciaire consultée par la rédaction.
Cette précision est importante dans la mesure où la décision issue du conseil de discipline est présentée comme une proposition de sanction, et non comme une radiation immédiatement exécutoire. « La révocation est susceptible de recours devant le Conseil d’État dans les 15 jours », explique la source, qui rappelle que le pouvoir de radier définitivement un magistrat relève du Conseil supérieur de la magistrature.
Les circonstances exactes ayant conduit à cette proposition de révocation restent, pour l’heure, peu documentées. Eddy Narcisse Minang figurait parmi la dizaine de magistrats convoqués devant l’instance disciplinaire. Plusieurs sources indiquent toutefois qu’il ne se serait pas présenté à son audience. Une absence qui alimente les interrogations sur les conditions dans lesquelles la procédure disciplinaire s’est déroulée et sur la possibilité, ou non, pour l’intéressé de faire valoir ses moyens de défense.
Cette affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le magistrat. Eddy Narcisse Minang avait été suspendu en juin dernier de ses fonctions de procureur général par le ministre de la Justice. Des accusations de malversations financières et d’interférences dans le fonctionnement de la justice avaient alors été évoquées pour justifier cette mesure. Les griefs précis ayant finalement conduit à la proposition de révocation n’ont toutefois pas été officiellement détaillés à ce stade.
Le magistrat s’était notamment fait connaître du grand public pour son rôle dans la procédure judiciaire visant la famille de l’ancien président Ali Bongo Ondimba. Sa position lors du procès impliquant l’ancienne Première dame Sylvia Bongo et leur fils Noureddin Bongo Valentin avait contribué à le placer au premier plan de l’appareil judiciaire gabonais.
Le procureur de la République également sanctionné
La procédure disciplinaire ne concerne pas uniquement Eddy Narcisse Minang. Bruno Obiang Mve, qui occupe actuellement les fonctions de procureur de la République, a lui aussi été sanctionné. Il écope d’une suspension de douze mois, assortie d’une incidence sur son salaire.
Huit autres magistrats ont également comparu devant le conseil de discipline. Des sanctions de moindre importance auraient été prononcées à leur encontre, sans que le détail de chacune de ces décisions ne soit rendu public.
Au-delà des cas individuels, ces mesures constituent un épisode inédit pour la justice gabonaise. La révocation proposée à l’encontre d’un magistrat de haut rang, combinée à la suspension d’un procureur de la République, témoigne d’un durcissement du traitement disciplinaire au sein de la magistrature.
Pour Eddy Narcisse Minang, la prochaine étape se jouera donc devant le Conseil d’État. Il lui reste quinze jours pour décider s’il entend contester la procédure et les motifs ayant conduit à sa révocation. L’issue de ce recours pourrait déterminer si cette sanction marque la fin de sa carrière judiciaire ou ouvre un nouveau chapitre dans ce dossier à forts enjeux pour l’institution judiciaire gabonaise.