
Face aux difficultés persistantes d’accès au financement qui freinent l’essor du tissu entrepreneurial gabonais, la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), l’institution de microfinance Épargne & Développement du Gabon (EDG) et la société pétrolière Assala Gabon unissent leurs efforts autour d’un fonds de garantie dédié aux très petites entreprises et aux PME. Une initiative qui s’inscrit dans la stratégie de diversification économique du pays et vise à intégrer davantage d’acteurs du secteur informel dans le circuit financier formel.
Un mécanisme pour lever les barrières au financement
Au Gabon, l’accès au crédit demeure l’un des principaux défis auxquels sont confrontées les petites et moyennes entreprises. Malgré leur poids considérable dans l’économie nationale, nombre d’entre elles peinent à obtenir des financements auprès des banques traditionnelles, faute de garanties suffisantes ou de dossiers répondant aux critères exigés par les établissements financiers.
Pour répondre à cette problématique, la BCEG, EDG et Assala Gabon ont officialisé la création d’un fonds de garantie destiné aux entrepreneurs de la province de l’Ogooué-Maritime. Lancée le 19 mai, cette initiative cible les très petites entreprises (TPE), les PME ainsi que les porteurs de projets individuels exerçant dans différents secteurs d’activité.
L’objectif est de réduire le risque supporté par les organismes prêteurs et de permettre à des entrepreneurs habituellement exclus du système bancaire d’accéder à des ressources financières adaptées à leurs besoins.
La BCEG au cœur de la stratégie de diversification économique
Créée en 2024 à l’initiative des autorités gabonaises, la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon a été conçue pour accompagner le développement des petites entreprises et soutenir l’entrepreneuriat local. Sa mission consiste notamment à combler les insuffisances du financement bancaire classique en proposant des solutions plus accessibles aux acteurs économiques de petite taille.
Son partenariat avec Assala Gabon revêt une dimension symbolique forte. Nationalisée par l’État en 2024, l’entreprise pétrolière contribue désormais, à travers ce dispositif, à la transformation structurelle de l’économie nationale. Dans un pays où le pétrole représente encore une part importante de la richesse produite, les autorités cherchent à utiliser cette manne pour stimuler l’émergence d’activités créatrices de valeur dans d’autres secteurs.
Un tissu entrepreneurial encore largement informel
Les chiffres illustrent l’ampleur du défi. Selon le Recensement général des entreprises réalisé entre 2021 et 2022, le Gabon compte plus de 66 000 entreprises, dont près de 96 % sont des microentreprises. Par ailleurs, environ six entreprises sur dix évoluent encore dans l’économie informelle, limitant ainsi leur accès aux financements, aux marchés publics et aux dispositifs d’accompagnement.
Dans son rapport pays 2025, la Banque africaine de développement souligne plusieurs contraintes majeures qui freinent la croissance des PME gabonaises : des coûts de crédit élevés, une insuffisance de garanties financières et un manque de projets structurés répondant aux exigences des banques. Le nouveau fonds de garantie ambitionne précisément d’apporter une réponse à ces difficultés en mutualisant le risque et en facilitant l’octroi de prêts.
Des financements adaptés aux besoins des entrepreneurs
Doté d’une enveloppe de 200 millions de FCFA, le mécanisme permettra aux bénéficiaires d’obtenir des prêts pouvant atteindre 10 millions de FCFA. Les financements seront remboursables sur une période comprise entre 12 et 24 mois, avec un différé de remboursement de trois mois destiné à laisser aux entrepreneurs le temps de développer leur activité avant les premières échéances.
Le taux d’intérêt a été fixé à 6 %, un niveau particulièrement attractif dans le contexte de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), où les conditions de crédit sont souvent jugées contraignantes pour les petites entreprises.
En complément, une plateforme numérique sera mise à disposition afin de simplifier les démarches administratives, permettre l’enregistrement des demandes en ligne et assurer un suivi plus rapide des dossiers.
Miser sur les secteurs non pétroliers pour créer de la valeur
Au-delà du financement, le programme entend encourager le développement d’activités économiques capables de diversifier les sources de revenus du pays. Les partenaires ont ainsi indiqué que les financements cibleront prioritairement des projets générateurs de revenus en dehors des secteurs pétrolier et forestier, traditionnellement dominants dans l’économie gabonaise.
L’ambition affichée est d’accompagner au moins quarante entrepreneurs dans cette première phase. À terme, cette initiative pourrait servir de modèle pour d’autres régions du pays et contribuer à renforcer le rôle des PME comme moteur de création d’emplois, d’innovation et de croissance inclusive.